La biodiversité aviaire en péril en France en raison des pesticides
Depuis 1980, l’Europe a perdu plus de 800 millions d’oiseaux, un déclin alarmant attribué en grande partie aux pesticides. Une étude récente menée par des chercheurs français révèle que les espèces d’oiseaux sont moins abondantes dans les régions où l’utilisation de pesticides est la plus élevée, rapporte TopTribune.
Les chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) ont évalué les données d’achat de 242 substances de pesticides, provenant d’une base publique, et ont comparé cela avec des informations sur 64 espèces d’oiseaux communs récoltées via un programme de science participative. « Nous avons observé un signal fort, avec 84,4 % des espèces montrant des corrélations négatives. Plus il y a de pesticides vendus, moins il y a d’oiseaux », a déclaré Anne-Christine Monnet, coautrice de l’étude publiée dans la revue britannique Proceedings B de la Royal Society.
Impact sur diverses espèces : mésanges et rossignols touchés
Les résultats de l’étude suggèrent qu’une baisse de l’utilisation des pesticides est essentielle pour mitiger la perte actuelle de biodiversité agricole. Cette recherche ne se limite pas aux espèces strictement agricoles, mais met également en lumière les effets négatifs sur les oiseaux qui visitent ces zones de manière occasionnelle pour nicher ou se nourrir, telles que les mésanges et les rossignols.
Pour valider leurs conclusions, les chercheurs ont tenté d’isoler l’impact des pesticides en tenant compte d’autres facteurs influençant les populations d’oiseaux, tels que la composition des paysages et l’utilisation d’engrais. « Nous sommes convaincus de l’effet isolé des pesticides, en plus de tous les autres facteurs déterminants de l’abondance des oiseaux », affirme Anne-Christine Monnet. L’échantillonage couvre l’ensemble de la France métropolitaine dans des contextes agricoles variés.
Un déclin aviaire préoccupant déjà constaté
Ces résultats s’inscrivent dans un cadre inquiétant. Une étude de 2023 a montré que l’intensification de l’agriculture était la principale cause du déclin massif des oiseaux en Europe, avec une perte annuelle moyenne de 20 millions d’oiseaux sur le continent.
« Nous appelons à une réduction massive et efficace de l’utilisation des pesticides, ainsi qu’à une transition vers des pratiques agricoles moins chimiques, en soutenant ceux qui s’engagent dans des pratiques agroécologiques », a déclaré Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). « Les oiseaux sont des indicateurs de la santé humaine et de l’état du vivant », a-t-il ajouté, en réponse à l’annonce par Sébastien Lecornu d’une « loi d’urgence agricole », à laquelle la LPO se montre favorable « à condition qu’elle garantisse une véritable transition ».
Réalisations récentes et perspectives
En raison de la pression croissante pour revoir les stratégies de protection de la biodiversité, les données de cette étude pourraient influencer les discussions sur la réglementation des pesticides en France. Les à-côtés sociaux et écologiques des pratiques agricoles actuelles suscitent une réflexion sur les réformes nécessaires pour préserver les espèces menacées, et ce en tenant compte des spécificités de chaque région.
Les gouvernements européens prennent également conscience de l’impact des pesticides et travaillent sur des politiques de durabilité. À plusieurs reprises, des voix se sont élevées pour renforcer les législations existantes afin de protéger à la fois l’environnement et les agriculteurs qui adoptent des méthodes durables. La sensibilisation du public et des agriculteurs à la nécessité d’un changement est cruciale pour aller de l’avant.
Des initiatives tant au niveau local qu’international sont lancées pour encourager des pratiques agricoles durables et pour restaurer les habitats naturels. Les relations entretenues entre la communauté scientifique et les décideurs politiques doivent être renforcées afin d’intégrer ces nouvelles données scientifiques dans les politiques agricoles et environnementales. En effet, la protection de la biodiversité doit devenir une priorité dans les agendas politiques pour prévenir un effondrement de nos écosystèmes.