Un méthanier russe sous sanctions, l’Arctik-Metagaz, transporte dangereusement 60 000 tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) en mer Méditerranée après avoir subi une explosion et un incendie. Le navire de 277 mètres, dont l’équipage de trente marins a été évacué en urgence, dérive depuis l’échec d’une opération de remorquage par les autorités libyennes.
Une menace flottante aux conséquences imprévisibles
La situation du Arctik-Metagaz présente des risques majeurs pour la navigation et l’environnement. Bien que deux de ses réservoirs aient explosé, deux autres citernes contenant chacune 35 000 m³ de GNL restent intactes. Selon des experts du secteur gazier, le gaz contenu dans ces réservoirs va progressivement se réchauffer et s’évaporer dans l’atmosphère via les valves de sécurité, un processus qui pourrait s’étaler sur près de mille jours. Cette lente évaporation maintient un risque significatif d’explosion, nécessitant une intervention pour ancrer le navire dans une zone déserte loin des routes maritimes fréquentées.
Après avoir dérivé près des côtes italiennes puis libyennes, le méthanier se dirigerait actuellement vers Malte selon plusieurs sources spécialisées dans les affaires maritimes. Les tentatives de sécurisation du navire ont jusqu’à présent échoué, notamment lorsqu’un câble de remorquage reliant le Arctik-Metagaz à un remorqueur envoyé par la Compagnie nationale pétrolière libyenne s’est rompu jeudi matin.
L’énigme des origines de l’explosion
Les circonstances exactes de l’incident font l’objet de vives controverses entre experts et gouvernements. La version soutenue par Moscou évoque une attaque par un drone naval lancé par les forces ukrainiennes depuis la côte libyenne. Cependant, cette théorie rencontre des scepticismes dans les milieux spécialisés.
Thomas Scalabre, expert maritime, note que les méthodes employées diffèrent sensiblement des attaques précédentes attribuées à l’Ukraine. « Jusqu’à présent, les forces ukrainiennes ont ciblé exclusivement des pétroliers sous sanctions européennes transportant des citernes vides, afin d’éviter tout risque de pollution, » explique-t-il. « Elles visaient systématiquement la poupe des navires, où se trouve la salle des machines, pour compliquer les réparations. »
Le cas du Arctik-Metagaz présente des caractéristiques inhabituelles : le navire était pleinement chargé et les dommages se concentrent sur la proue. Un expert du secteur gazier observe par ailleurs que « les deux brèches identifiées sur les flancs bâbord et tribord présentent une forme carrée, peu compatible avec l’explosion d’un engin explosif ». Cette configuration oriente certains spécialistes vers l’hypothèse d’un incident plus ancien, peut-être une collision avec un iceberg dans l’océan Arctique ayant provoqué une fuite dans l’un des réservoirs.
Scénarios possibles pour une résolution critique
L’évolution de cette crise maritime dépendra des capacités d’intervention des différentes parties concernées. Si le méthanier continue sa dérive vers les côtes maltaises ou italiennes, les autorités européennes pourraient tenter de l’intercepter pour mettre fin à cette situation dangereuse. Une opération de remorquage vers une zone isolée demeure la solution privilégiée par les experts.
Cependant, d’autres issues sont envisageables. Un spécialiste du GNL avance l’hypothèse que « le navire pourrait également être coulé par celui qui n’a pas intérêt à une enquête approfondie, comme la Russie ». Cette perspective souligne les dimensions géopolitiques sous-jacentes de cet incident, survenant dans le contexte plus large des sanctions occidentales contre les hydrocarbures russes et du conflit en Ukraine.
Le Arctik-Metagaz, vieux de 23 ans, incarne ainsi les risques systémiques générés par la circulation de navires sous sanctions dans des zones maritimes sensibles, où les incidents techniques se mêlent aux considérations stratégiques dans une dangereuse combinaison.