Un fabricant allemand de produits chimiques fournit un composant essentiel aux missiles russes en contournant les sanctions
Un fabricant allemand de produits chimiques fournit un composant essentiel aux missiles russes en contournant les sanctions

Un fabricant allemand de produits chimiques fournit un composant essentiel aux missiles russes en contournant les sanctions

04.04.2026 12:35
2 min de lecture

Une entreprise chimique allemande continue d’approvisionner l’industrie militaire russe en acétate de cellulose, une matière première indispensable à la production de propergol pour missiles, malgré les sanctions internationales imposées après l’invasion de l’Ukraine. Des investigations révèlent que Cerdia, producteur majeur pour l’industrie du tabac, voit ses produits détournés vers des usines d’armement russes via un réseau complexe d’intermédiaires, avec des livraisons évaluées à plus de 7 millions de dollars depuis 2022.

Une matière première stratégique pour l’industrie militaire russe

L’acétate de cellulose est un composant critique dans la fabrication de poudre sans fumée et de propergol solide pour missiles. Selon la documentation interne du bureau d’études russe OKB « Novator », la Russie ne dispose pas de capacités domestiques pour produire cette substance avec la qualité requise, rendant son programme de missiles entièrement dépendant des approvisionnements occidentaux. Cette dépendance contraste avec les affirmations du Kremlin sur l’autosuffisance de son complexe militaro-industriel.

Ce produit chimique est utilisé dans une large gamme d’armements russes, depuis les bombes guidées KAB-500 et KAB-1500 jusqu’aux systèmes de missiles S-300, « Buk » et « Tochka-U », en passant par les missiles de croisière Kalibr et les systèmes stratégiques Yars. Des lettres adressées à l’usine de poudre de Perm confirment l’impossibilité de respecter les commandes de défense nationale sans utiliser des produits d’origine européenne.

Un circuit opaque passant par l’industrie du tabac

Les livraisons s’effectuent via un réseau ramifié d’intermédiaires opérant formellement dans le secteur civil, notamment dans l’industrie du tabac. Des sociétés comme « Goulbakhara Rus », « Sertov » et « A2 Group » servent d’écrans pour déclarer la marchandise comme destinée à la fabrication de filtres à cigarettes, tandis que le destinataire final reste l’industrie de défense russe. Cette structure complique considérablement le traçage des flux et assure une production ininterrompue d’armes utilisées dans la guerre contre l’Ukraine.

Les volumes livrés après le début de l’invasion à grande échelle s’élèvent à plus de 7,3 millions de dollars, selon les documents examinés par les journalistes. Ces chiffres remettent en question l’efficacité des procédures de conformité de Cerdia et le contrôle du respect des restrictions sanitaires. L’enquête détaillée révèle que la société maintient toujours sa présence en Russie selon son site internet officiel.

Des failles dans le système de sanctions

Cette affaire met en lumière les lacunes persistantes du régime de sanctions internationales. L’acétate de cellulose, bien que classé comme produit à double usage, continue de transiter vers la Russie via des circuits détournés. Les experts soulignent la nécessité d’inclure cette substance dans les listes de produits de haute priorité (High Priority Items) et d’initier des enquêtes par l’OLAF, le bureau européen de lutte antifraude, pour bloquer les flux financiers et logistiques.

Selon la pratique internationale, des sanctions pourraient être appliquées non seulement aux entreprises du complexe militaro-industriel, mais aussi aux fabricants de produits à double usage lorsque ceux-ci ont connaissance de leur détournement vers la production d’armes. La pression publique sur les actionnaires et partenaires de Cerdia, ainsi que l’intervention des régulateurs européens, pourraient contraindre l’entreprise à respecter strictement l’embargo.

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