Tchernobyl : une mission vétérinaire pour contrôler la population de chiens errants dans la zone d’exclusion

Tchernobyl : une mission vétérinaire pour contrôler la population de chiens errants dans la zone d’exclusion

24.04.2026 08:16
3 min de lecture

Quarante ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, une équipe vétérinaire est en mission jusqu’à fin avril pour nourrir et stériliser des chiens errants dans la zone d’exclusion. Située dans un rayon de 30 km autour du site ukrainien, cette région a vu l’évacuation de ses habitants, rendant toute activité agricole interdite en raison de la radioactivité. Depuis la ville de Slavoutytch, construite après l’explosion du réacteur n° 4 en 1986, les vétérinaires vaccinent les chiens contre la rage et tentent de contrôler leur nombre. Ces animaux sont principalement les descendants des animaux domestiques abandonnés par les habitants qui ont quitté leur domicile dans la précipitation à la suite du 26 avril. La population de chiens, estimée à 1.000 en 2017, est maintenant réduite à environ 200, rapporte TopTribune.

« Beaucoup de ces chiens sont assez sauvages, très indépendants et se déplacent en meute, nous devons donc tirer une fléchette anesthésiante pour les endormir afin de pouvoir les attraper », explique le biologiste Timothy Mousseau, professeur à l’université de Caroline du Sud. Il coordonne également le projet « Chiens de Tchernobyl« , mené en collaboration avec l’ONG Clean Futures Fund, qui soutient les communautés touchées par les accidents industriels.

Depuis le début des années 2000, Mousseau s’intéresse aux effets de la radioactivité et des contaminants sur les organismes vivants, en étudiant des sites comme Tchernobyl et Fukushima au Japon. Bien qu’il ne soit pas présent en Ukraine pour cette mission actuelle, il y est retourné pour la dernière fois en octobre 2022 pour prélever des échantillons sanguins. Malgré l’invasion russe qui perdure depuis quatre ans, l’ONG continue de mener ses missions.

Des mutations génétiques à expliquer

En 2023, un article auquel Mousseau a contribué a suscité beaucoup d’attention, discutant des « chiens mutants » de Tchernobyl. En comparant trois populations de chiens dans la zone d’exclusion, les chercheurs ont découvert, par séquençage de l’ADN, que les variations génétiques étaient plus fréquentes chez ceux qui vivaient près de la centrale, avec des dépôts de césium-137 observés dans leur organisme. D’autres découvertes scientifiques ont néanmoins remis en question certaines des hypothèses initiales.

« C’était inattendu et très intéressant », admet Mousseau. Dans un article publié dans la revue PLOS One en décembre 2024, les scientifiques ont tenté d’identifier des différences génétiques entre les chiens de Tchernobyl et ceux d’autres régions d’Europe afin de vérifier si certains changements pourraient refléter des variations dans les taux de mutation.

La question de la transmission à la génération suivante

Les chercheurs se sont concentrés sur les mutations de novo, celles qui apparaissent spontanément et peuvent être détectées en comparant les génomes des parents et de leur progéniture. Mousseau souligne que si le taux de ces mutations était plus élevé chez les chiens de Tchernobyl comparé à d’autres populations européennes, cela indiquerait une influence environnementale. Ces mutations, une fois présentes dans les cellules germinales, peuvent être transmises aux générations suivantes et entraîner des maladies.

« Aucun résultat statistiquement significatif n’a suggéré une augmentation des taux de mutation de l’ADN chez les chiens des zones les plus radioactives, détaille Mousseau, mais la taille de nos échantillons est restreinte. Il pourrait donc y avoir certains effets non encore détectés. » Cette absence d’élévation significative a également été observée dans d’autres études réalisées sur des vers à Tchernobyl.

Concernant les humains, une étude a révélé qu’aucun signe d’augmentation des nouvelles mutations germinales n’a été observé chez les enfants de parents exposés aux radiations, ce qui contraste avec d’autres recherches génétiques.

Tumeurs, cataractes, infertilité

Les analyses montrent la présence de dommages génétiques dans la majorité des organismes étudiés. Par exemple, au cours de la guerre froide, des recherches menées sur des chiens de laboratoire ont montré que même de faibles niveaux de plutonium pouvaient provoquer divers cancers. Suite à l’accident de Fukushima en 2011, une réduction significative des populations d’oiseaux et d’insectes a été observée, analogue à ce qui s’est produit à Tchernobyl dans les années qui ont suivi l’accident.

« Les mutations semblent se limiter aux corps et tissus somatiques, entraînant tumeurs, cataractes et infertilité, ainsi qu’une espérance de vie réduite et d’autres anomalies du développement, précise le biologiste. Il existe une distinction entre les effets des radiations sur le corps et ceux sur le matériel génétique transmis d’une génération à l’autre. Nous ne comprenons pas encore pourquoi. »

Ces découvertes ouvrent des perspectives pour de futurs travaux de recherche, notamment sur la capacité de réparation de l’ADN qui pourrait prévenir la transmission de mutations, ou pour déterminer s’il existe des types de dommages génétiques non détectables par le séquençage complet du génome.

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