La 2 CV renaît de ses cendres : Stellantis mise sur l’électrique populaire
Soixante-six ans après son introduction et trente-six ans après l’arrêt de sa production, la fameuse 2CV de Citroën est sur le point de reprendre la route en Europe. Stellantis a récemment annoncé le retour de la légendaire « Deudeuche » sous une nouvelle forme : 100 % électrique et proposée à moins de 15 000 euros. Cette initiative s’inscrit dans le projet « E-Car » du constructeur automobile, qui souhaite reconquérir le marché européen des petites voitures urbaines face à la concurrence asiatique, rapporte TopTribune.
Cette annonce, relayée par France Inter et Les Échos, représente un tournant dans les stratégies de Stellantis sous l’égide d’Antonio Filosa. Le groupe italo-franco-américain vise à capitaliser sur la nostalgie tout en rendant le modèle accessible, avec l’intention d’attirer une cible allant des collectionneurs aux familles à la recherche d’une solution de mobilité électrique abordable.
Un cahier des charges modernisé pour l’ère électrique
La nouvelle 2 CV garde l’esprit de son prédécesseur tout en s’adaptant aux enjeux actuels. D’abord conçue dans les années 1930 sous le nom de code TPV (Toute petite voiture), l’originale devait « transporter quatre personnes et 50 kg de bagages à 60 km/h en vitesse de pointe« , illustrée par le célèbre slogan « Quatre roues sous un parapluie« .
Aujourd’hui, la nouvelle héritière électrique fera face à des défis technologiques différents. Elle devra répondre aux normes de sécurité et d’émissions de l’Union européenne, tout en maintenant un prix de vente ne dépassant pas 15 000 euros. Pour atteindre cet objectif, Stellantis pourrait se tourner vers des composants venus de Chine, notamment pour les batteries, suivant l’exemple de Renault avec sa Twingo électrique.
Fin avril, Xavier Chardon, directeur général de Citroën, avait déjà évoqué le retour de la 2 CV. Le constructeur prend également modèle sur les « kei cars » japonaises, ces véhicules compacts de moins de 3,40 mètres qui représentent plus d’un tiers du marché automobile nippon. Récemment, la Commission européenne a ouvert la voie à un nouveau cadre réglementaire, visant à faciliter l’émergence de voitures électriques européennes à moins de 15 000 euros.
Stellantis face aux défis de la compétitivité
Le retour de la 2 CV s’inscrit dans des enjeux économiques cruciaux pour Stellantis. Le groupe, qui regroupe quatorze marques, dont Fiat, Peugeot et Opel, doit faire face à l’arrivée sur le marché des constructeurs chinois comme Leapmotor, spécialisés dans les véhicules électriques à bas prix. Cette approche néo-rétro s’inspire des succès récents de Renault avec ses modèles R4, R5 et Twingo, et de Fiat avec ses versions électriques de la 500 et de la Panda.
La production devrait commencer en 2028 dans l’usine italienne de Pomigliano d’Arco, un site emblématique pour la Fiat Panda. Stellantis souhaite ainsi rationaliser ses coûts de production tout en s’appuyant sur l’expertise italienne dans le domaine des petites voitures urbaines. Le groupe continue également de renforcer ses partenariats avec des entreprises chinoises, notamment Dongfeng, un ancien partenaire de Peugeot et Citroën.
Les enjeux financiers sont majeurs pour Stellantis, qui souhaite que ce segment compense la baisse des ventes sur d’autres marchés. Selon France Inter, des designers travaillent depuis plusieurs mois sur cette nouvelle version, renforcés par le retour stratégique de Gilles Vidal au poste de directeur du design.
Une cible clientèle élargie pour maximiser les volumes
La nouvelle 2 CV électrique s’adresse à plusieurs segments de marché. Elle vise d’abord les ménages modestes, séduits par son prix accessible et l’esprit pratique du modèle original. Ensuite, elle attire les collectionneurs et les amateurs de patrimoine automobile, en raison de l’émotion liée à la marque. Enfin, les citadins soucieux d’écologie et souhaitant une solution de mobilité électrique adaptée à leur budget figurent également dans le viseur.
Cette approche de ciblage multiple s’inspire du succès historique de la 2 CV, qui avait conquis un large éventail de clients, allant des agriculteurs aux intellectuels parisiens. De 1948 à 1990, plus de 5 millions d’exemplaires avaient été produits, faisant de la « Deudeuche » un symbole de la démocratisation de l’automobile en France après la guerre.
Paradoxalement, la 2 CV classique connaît actuellement un nouvel engouement chez les collectionneurs, même si elle vient de perdre sa place de leader au profit de la Porsche 911 selon le baromètre 2026 de Classic Expert. Cet intérêt perdurant représente un atout marketing majeur pour Stellantis.
Des défis techniques et commerciaux à relever
Cependant, le projet E-Car de Stellantis soulève diverses questions. Promettre une voiture électrique à moins de 15 000 euros implique des compromis techniques significatifs, notamment en matière d’autonomie et d’équipements. Les fabricants européens rencontrent déjà des difficultés à rivaliser avec les prix proposés par leurs concurrents chinois, et ce malgré les droits de douane récemment instaurés par l’Union européenne.
La dépendance vis-à-vis des composants asiatiques pose un défi stratégique. Pour atteindre ses objectifs de coût, Stellantis devra probablement avoir recours à des batteries fabriquées en Chine, soulevant des interrogations quant à la souveraineté industrielle et à l’autonomie technologique.
En outre, les objectifs de volume demeurent à clarifier. Selon Les Échos, Antonio Filosa dévoilera dans les jours à venir le plan stratégique complet du groupe, accompagné possiblement d’un prototype inspiré de la 2 CV.