
Partagez-vous votre abonnement Netflix avec des amis ou utilisez-vous une plateforme de co-partage ? Vous êtes alors impliqué dans une bataille économique qui attire l’attention du Parlement. Ce mercredi 14 octobre 2026, Spliiit et Sharesub, deux figures majeures du co-abonnement en France, ont lancé une pétition nationale sur jepaiejechoisis.fr. Leur objectif est de faire inscrire dans la loi le droit pour un abonné de choisir librement les personnes bénéficiant des accès multiples, rapporte TopTribune.
Qu’est-ce que le co-abonnement et pourquoi son essor ?
Le modèle de co-abonnement permet à plusieurs utilisateurs de partager les frais d’un service numérique en utilisant les accès multiprofils offerts par les plateformes. Des services comme Netflix ou Spotify, qui proposent généralement plusieurs profils, en sont des exemples. Plutôt que de laisser ces profils inoccupés, les utilisateurs choisissent de les partager avec leurs proches ou des inconnus via des plateformes spécialisées. Cette pratique s’avère populaire, car les Français dépensent en moyenne 54 euros par mois en abonnements numériques, ce qui dépasse le seuil de 28 euros qu’ils considèrent comme acceptable.
Depuis son lancement en 2019, Spliiit s’est imposé comme un acteur de premier plan en Europe dans le domaine du co-abonnement, facilitant le partage sécurisé de services numériques entre utilisateurs. À partir de 2020, Sharesub s’est également développé dans 33 pays, offrant plus de 760 services numériques. Cette entreprise permet aux utilisateurs de bénéficier de réductions de 30 à 75% sur leurs abonnements, leur faisant économiser en moyenne 480 euros par an.
Les réactions des plateformes face au co-abonnement
Face à l’essor du partage d’accès, les plateformes ont commencé à durcir leurs règles. Par exemple, Netflix a restreint le partage de comptes en dehors du foyer principal, en imposant des frais supplémentaires pour les utilisateurs externes. Disney+ et d’autres services adoptent des politiques similaires, en s’appuyant sur des définitions floues de termes tels que « foyer » ou « famille ». Dans leur pétition, Spliiit et Sharesub soulignent qu’« une place payée doit pouvoir être utilisée sans restriction par des définitions ambiguës ». Les entreprises justifient ces limitations par une lutte contre le partage abusif, tandis que les consommateurs perçoivent cela comme une tentative d’imposer des abonnements individuels multiples.
En plus de ces restrictions, les augmentations de prix fréquentes et les modifications unilatérales des conditions d’utilisation provoquent des frustrations. Souvent, les utilisateurs prennent connaissance de ces changements via un courriel et doivent résilier leur abonnement s’ils ne les acceptent pas. Jonathan Lalinec, cofondateur de Spliiit, exprime son désarroi face à cette évolution des conditions sans possibilité réelle de contestation.
La proposition de loi 3101 : vers une régulation des droits
Dépôt le 23 juillet 2026 par le député Mickaël Bouloux et cosignée par six autres parlementaires, la proposition de loi n°3101 vise à rétablir un équilibre des droits entre consommateurs et plateformes. Elle propose notamment de reconnaître légalement le droit des abonnés à choisir librement les bénéficiaires des accès. De plus, elle veut assurer une plus grande transparence dans les conditions d’utilisation afin d’éviter les surprises désagréables. Enfin, elle cherche à restreindre la collecte de données personnelles aux seules informations essentielles au service. Selon Jean-Brice de Cazenove, fondateur de Sharesub, « notre économie a largement évolué d’un modèle basé sur la propriété vers celui de l’abonnement. Cela nécessite une adaptation de notre cadre réglementaire pour protéger les consommateurs ».
La pétition vise à renforcer la voix des millions d’utilisateurs concernés et à inciter les parlementaires à adopter cette loi. Reste à savoir si les 10 000 signatures recueillies en 24 heures seront suffisantes pour convaincre une majorité à l’Assemblée nationale. La bataille ne fait que commencer.
