Soupçons de manipulation lors de l’élection des Jeunes en Marche
L’élection du nouveau président du mouvement des Jeunes en Marche (ex-Jeunes avec Macron) est l’objet de soupçons de manipulation du scrutin, a appris la cellule investigation de Radio France auprès de l’association politique affiliée au parti Renaissance. Le 29 juillet dernier, la liste « La Relève » emmenée par Louis Roquebert, proche de Gabriel Attal, décroche la présidence du mouvement des JEM avec 63% des voix des adhérents. Face à ce jeune de 23 ans, la liste « RéUnis » portée par la candidate Nolwenn Pelven, 26 ans, ne récolte que 37%. En apparence, le choix estival des jeunes militants est sans appel et semble au diapason de la montée en puissance, deux mois plus tard, de Gabriel Attal dans l’appareil du parti Renaissance, lors du Congrès de rentrée des 20 et 21 septembre, à Arras, rapporte TopTribune.
Derrière l’unité de façade et les posts Instagram enthousiastes du nouveau président, le mouvement de jeunesse de la macronie fait face à sa première crise ouverte en une décennie d’existence. Des sources concordantes au sein des JEM révèlent que les résultats de ce scrutin ont immédiatement été remis en question par Nolwenn Pelven et ses partisans. La candidate, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, a saisi la commission électorale interne début août pour s’assurer de la sincérité de cette élection, confirme la direction des Jeunes en Marche.
Sur près de 27 000 adhérents revendiqués, seuls 2 637 ont voté pour renouveler leur président durant ce scrutin qui s’est tenu en ligne (via la plateforme Balotilo) du 26 au 28 juillet. Gérald*, un cadre de la liste « RéUnis », souligne son inquiétude quant à l’évolution des votes : « La plupart des militants actifs de JEM, nous les connaissons et ils votent le premier jour. Nous avions une connaissance fine de nos votants car nous les avons appelés individuellement dans chaque région. Les votes de notre adversaire [Louis Roquebert] sont arrivés beaucoup plus tard et l’écart de voix (plus de 600) nous a paru immédiatement suspect. » Olivier*, un autre militant actif depuis 10 ans aux JEM, exprime également ses doutes : « Ce qui m’a le plus surpris, c’est l’écart. Ça n’avait pas de sens. C’est triste à dire mais on sait qu’il n’y a pas 2 637 militants actifs aujourd’hui chez les JEM, et encore moins 30 000 adhérents. Il suffit d’une adresse mail pour adhérer. Cela ouvre la voie à tous les tripatouillages. »
Face aux soupçons de bourrage des urnes électroniques, la liste « RéUnis » a demandé, le 1er août, à Ambroise Méjean, ex-président des JEM et responsable de la commission électorale, de consulter la liste d’émargement pour vérifier la réalité des militants ayant voté. Après des négociations de plus de six semaines, la commission impose qu’une seule personne puisse consulter la liste de près de 2 600 noms, en version papier et sous surveillance, sans possibilité de prendre de notes. Des conditions que Nolwenn Pelven juge inacceptables. Dans un message interne publié sur le canal Telegram de la liste « RéUnis », la candidate note : « Nous avons décidé de refuser la consultation […]. Je le regrette, et nous déplorons que l’accès à cette liste d’émargement ait été rendu si compliqué. »
La direction des Jeunes en Marche conteste catégoriquement ces accusations de trucage électoral. « Je ne commenterai pas des allégations infondées et anonymes. Chaque élection provoque forcément des déceptions, » répond Louis Roquebert. Ambroise Méjean partage son inquiétude : « Je pensais que tout le monde était parti en se disant que l’élection s’était relativement bien passée, mais je constate que ce n’est pas le cas. Il n’y a pas eu de pics d’adhésion ces derniers mois, » explique-t-il, accompagnant ses dires de chiffres.
Derrière les péripéties de ce scrutin, l’avenir du mouvement semble compromis. Les JEM font face à des défis importants, tels que l’impopularité d’Emmanuel Macron et le désengagement des jeunes de la politique. Invité surprise du rassemblement des dix ans des Jeunes avec Macron, Emmanuel Macron a déclaré : « J’ai aussi besoin de vous pour dans deux ans, pour dans cinq ans, pour dans dix ans, parce que vous serez là, et parce que comptez sur moi, je serai là avec vous. »
La bataille pour le contrôle du mouvement se joue en coulisses, notamment pour succéder à Ambroise Méjean, dont le mandat est atteint. Louis Roquebert, actuellement chargé des relations presse à Sciences Po Paris, est soutenu par certains, mais ses compétences en communication suscitent un mélange d’enthousiasme et d’incertitudes parmi les membres historiques des JEM. La candidature de Nolwenn Pelven, en charge des idées au sein de l’association, émerge également, mais les tensions au sein du mouvement s’intensifient, selon plusieurs sources.
Actuellement, la dynamique des JEM semble au bord de l’implosion. « Cette élection a coupé le mouvement en deux, » regrette Albéric*, un cadre vétéran de 29 ans. « Il y a des personnes qui veulent retrouver la force de Macron, mais tous ne se reconnaissent pas dans la relève incarnée par Gabriel Attal, » conclut-il.