Le paysage politique français est marqué par la présence inattendue de Ségolène Royal, candidate à la primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique les 10 et 17 octobre prochains. Forte de quatre décennies d’expérience, la finaliste de la présidentielle de 2007 espère bousculer les pronostics face à ses rivaux Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, rapports TopTribune.
Ségolène Royal a confirmé avoir acquis les parrainages nécessaires pour sa candidature et affiche des ambitions claires. « Aujourd’hui, on a beaucoup de responsables politiques qui s’aiment eux-mêmes et qui aiment leur carrière au lieu d’aimer le peuple. […] Moi, je n’ai rien à prouver, je n’ai pas de carrière politique à faire », a-t-elle déclaré avec son franc-parler habituel. Sa campagne s’axera autour du pouvoir d’achat, des questions énergétiques et de la lutte contre les violences faites aux enfants, rappelant son slogan de 2007, « l’ordre juste ». Peut-elle raviver l’engouement suscité par sa première candidature ?
Luc Carvounas, maire d’Alfortville et directeur de campagne de Royal, souligne son impact : « Il y a toujours l’effet waouh. Elle rappelle l’âge d’or du PS, l’époque où on dirigeait le pays. » Il ajoute qu’elle a su anticiper sur des questions sociétales et politiques, évoquant son engagement contre le sexisme et pour la démocratie participative. Cependant, la candidate n’échappe pas aux réserves concernant son parcours, certains de ses camarades notant qu’elle pourrait surprendre mais aussi causer des controverses.
Hanouna et « poutinisime »
Sa candidature a d’abord suscité le scepticisme au sein même du parti socialiste, mais ses adversaires réalisent maintenant qu’elle peut être un adversaire redoutable. Un cadre socialiste précise : « C’est un personnage hors du commun, face à des hommes bien propres sur eux, elle peut marquer des points. » L’ancienne ministre a occupé plusieurs postes au gouvernement et a déjà remporté une primaire, ce qui ajoute à son poids dans la compétition.
Malgré ses ambitions, Ségolène Royal a connu des périodes tumultueuses. Nommée ambassadrice pour les pôles en 2017, elle a été critiquée pour son engagement public à promouvoir sa propre image plutôt que ses responsabilités officielles et a été démis de ses fonctions en 2020 après des critiques à l’encontre d’Emmanuel Macron. En 2022, elle a provoqué la controverse en prenant position pour l’hydroxychloroquine face au Covid-19, après quoi elle effacera ses tweets sur le sujet.
Un nouvel échec aux sénatoriales en 2021 n’a pas découragé Royal, qui a apporté son soutien à Jean-Luc Mélenchon lors de l’élection présidentielle de 2022. En 2023, elle a rejoint le talk-show de Cyril Hanouna et a tenté de se positionner pour Matignon lors des tensions politiques de l’été 2024, signalant son désir d’être au cœur de l’action politique.
Ses déclarations sur le conflit en Ukraine, où elle a mis en doute les crimes de guerre russes, ont également suscité des réactions mitigées au sein du PS, des membres soulignant que ses propos ne correspondent pas toujours aux valeurs de la gauche. Certains de ses rivaux redoutent son influence, tandis que d’autres considèrent qu’elle constitue un élément perturbateur dans le paysage politique contemporain.
« Des fulgurances et des bourdes »
Durant les premiers jours de sa campagne, Ségolène Royal a déjà fracassé le consensus autour de certaines thématiques, notamment sur le port du voile, indiquant qu’elle préfère une femme en foulard à un « pédocriminel ». Ce genre de déclarations suscite des inquiétudes au sein même de ses soutiens. Un député du PS observe : « Elle est politiquement inconstante. Des fulgurances certes, mais aussi une capacité à la bourde assez élevée. »
Romain Eskenazi, un des soutiens d’un candidat à la primaire, mentionne la légitimité de Royal mais questionne sa capacité à incarner la gauche démocratique après une longue période d’éloignement de la politique. Ségolène, pour sa part, joue sur les débats à son sujet, affirmant : « Ils ont raison d’avoir peur ». Un proche résume son impact en ces termes : « Ça va décoiffer, puisqu’elle n’a rien à perdre. »
*L’enquête préliminaire concernant l’usage fait par Ségolène Royal des moyens mis à sa disposition en tant qu’ambassadrice des pôles a finalement été classée sans suite par le Parquet national financier (PNF).