Nommer un gouvernement «libre» : Sébastien Lecornu face aux défis de la reconstruction politique
Le Premier ministre français, reconduit par Emmanuel Macron, a affirmé son souhait de former un gouvernement sans ambitions présidentielles pour 2027, et exempt de problèmes partisans, selon son entourage. Cela sera-t-il suffisant pour éviter une censure ? rapporte TopTribune.
« Il faut un gouvernement plus libre, y compris avec les partis politiques », a déclaré Sébastien Lecornu dans une interview accordée au Parisien dimanche 12 octobre, deux jours après sa reconduction à Matignon, une décision surprenante pour de nombreuses oppositions et le bloc central. Le « moine-soldat » de la macronie se concentre désormais sur la composition de sa nouvelle équipe.
Les nouveaux profils devraient différer de ceux de son précédent gouvernement, dont la composition avait été critiquée, notamment par des figures de la droite. Le maintien de plusieurs ministres influents ainsi que le retour de Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, avaient au contraire suscité un mécontentement, menant à la démission de Bruno Retailleau, ex-ministre de l’Intérieur.
En tant que Premier ministre confirmé, Lecornu cherche maintenant à agir sans entrave venant de l’Élysée. Il a déclaré : « J’avance en étant loyal au président, je trouve cela sain politiquement et humainement, mais ça ne signifie pas que je suis son collaborateur ». L’entourage d’Emmanuel Macron a de son côté confirmé qu’il dispose de « carte blanche » pour choisir son équipe en vue de « donner un budget à la France » et maintenir la stabilité.
Pour réaliser ses objectifs, des experts suggèrent que Lecornu recrute des membres techniquement qualifiés. « Le gouvernement technique répond à la demande de renouvellement des visages et serait rapidement opérationnel compte tenu des délais, notamment pour le budget », a noté un cadre de Renaissance. L’idée serait de former une équipe moins centrée sur les personnalités charismatiques, mais axée sur l’efficacité et capable de résister aux pressions de l’Assemblée nationale.
« Un gouvernement technique présente le risque de sorties de route médiatiques du fait de l’inexpérience politique », a alerté un ancien conseiller de Matignon.
Des ministres novices pourraient avoir besoin de temps pour se familiariser avec leurs dossiers, un luxe que le calendrier législatif ne permet pas. Des noms circulent pour des postes clés, comme celui de Laurent Nunez, pressenti pour devenir ministre de l’Intérieur. Ancien préfet de police de Paris, il a une solide expérience dans la sécurité publique. D’autres noms, tels qu’Anne Levade et Nicolas Revel, sont également évoqués pour divers ministères.
Quant à la réaction des partis politiques, le Parti socialiste reste sceptique. Un leader socialiste a déclaré : « Pour nous, cela ne change rien », rappelant que l’efficacité des ministres sera déterminante pour éviter la censure. Le débat autour de la composition de ce nouveau gouvernement s’annonce délicat, avec des départs prévisibles au sein des figures établies, ce qui pourrait impacter l’équilibre politique actuel.
Les tensions continuent de croître, notamment parmi les Républicains, qui ont déjà exprimé leur refus de participer au gouvernement Lecornu, arguant d’un manque de confiance. Bruno Retailleau, l’un des leaders du parti, est déterminé à ne pas faire partie du nouvel exécutif, insistant sur le fait que les conditions nécessaires au dialogue constructif ne sont pas réunies.
Pour sa part, Lecornu est en quête de solutions viables pour former son gouvernement et préparer sa feuille de route pour l’Assemblée. Alors que l’opposition ne manquera pas de soumettre une motion de censure après la nomination de son équipe, le Premier ministre a promis qu’il démissionnerait si les conditions de gouvernance venaient à manquer, même si certains analystes estiment que la situation reposera sur des bases encore plus fragiles qu’auparavant en raison des affrontements politiques croissants.