
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé, le 3 novembre 2026, au sein de l’Assemblée nationale, une hausse du plafond du Livret A. Actuellement fixé à 22 950 euros, ce plafond pourrait atteindre « une fourchette de 25 000 à 30 000 euros », d’après ses déclarations. Ce relèvement sera accompagné d’une réforme du taux de rémunération du livret, bien que le premier ministre n’ait pas précisé le pourcentage envisagé. Cette initiative est prévue pour entrer en vigueur en février 2027, rapporte TopTribune.
La proposition a traversé un processus compliqué. Après avoir été adoptée par la Commission des finances à la mi-octobre 2026, elle a été rejetée par les députés avant de revenir sur le devant de la scène quelques jours avant l’annonce du 3 novembre. Initialement, le débat concernait un projet de grand emprunt national soutenu par les élus du groupe Liot.
Une alternative, baptisée « Livret D », offrant un taux d’intérêt de 3,5 % avec des bénéfices totalement défiscalisés pour soutenir la dette, pourrait finalement être abandonnée. Une ultime concertation avec les banques et la Caisse des dépôts est prévue, et des précisions seront apportées par le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, dans les semaines à venir, selon Lecornu.
Huit millions de livrets déjà au plafond
Lors d’une interview accordée à BFMTV le 4 novembre 2026, Roland Lescure a souligné l’impact concret de cette mesure : « huit millions de livrets A sont au plafond ». Pour ces détenteurs, souvent relativement aisés, la hausse représente une nouvelle opportunité d’épargne. Cependant, il est important de noter que la majorité des détenteurs de Livret A – environ 80 % des Français – ne bénéficieront pas directement de cette augmentation, le montant moyen d’épargne se situant entre 7 000 et 8 000 euros, bien en dessous du plafond actuel.
Le ministre a désigné le Livret A comme une « épargne de précaution », qui n’apporte pas un rendement significatif. Toutefois, il souligne que cette épargne comporte un double avantage : elle garantit une sécurité pour les épargnants tout en contribuant au financement de projets d’avenir.
L’argent fléché vers le climat et le nucléaire
Sébastien Lecornu a justifié cette mesure en évoquant des besoins de financement spécifiques, notamment pour le programme d’adaptation au changement climatique, les infrastructures de construction publique, ainsi que la rénovation des établissements scolaires. Historiquement destiné au financement du logement social et de l’énergie nucléaire, le Livret A pourrait voir son rôle élargi. Dans le budget 2027, le gouvernement prévoit de financer jusqu’à 60 % de la construction de six nouveaux réacteurs EPR2 par le biais d’un prêt mobilisant l’épargne réglementée, comprenant le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire.
Environ 60 % des fonds déposés par les épargnants sont centralisés par la Caisse des dépôts, qui redistribue une partie de cette somme sous forme de prêts pour le logement social et les infrastructures des collectivités. Cette annonce a été saluée par l’établissement, qui évoque « une capacité d’action renforcée au service des territoires ». Cependant, les options budgétaires du gouvernement restent limitées.
Ce relèvement intervient à un moment où le Livret A connaît une période de désaffection. Au 30 septembre 2026, son encours était de 442 milliards d’euros, marquant une baisse. Ce mois-là, les Français ont retiré 1,52 milliard d’euros de plus qu’ils n’ont déposé, une situation expliquée en partie par une baisse du taux d’intérêt, passé de 3 % en 2024 à 1,5 % en 2026, rendant ainsi le Livret A moins attrayant que d’autres options épargnantes.
