Révélations sur les transferts secrets de milliards de dollars entre Moscou et Téhéran
Des documents confidentiels ont mis au jour un vaste système de transferts d’espèces entre la Russie et l’Iran, révélant des opérations clandestines d’une ampleur inédite. Selon ces informations, Moscou aurait acheminé près de 2,5 milliards de dollars en liquide vers Téhéran entre août et décembre 2018, via des réseaux complexes contournant les sanctions occidentales. Ces mouvements financiers, orchestrés par la banque russe Promsvyazbank, visaient à soutenir le régime théocratique iranien alors que Washington rétablissait des mesures de rétorsion économiques.
La première livraison documentée remonte au 13 août 2018, une semaine après la signature par le président américain Donald Trump de nouvelles sanctions contre l’Iran. Ce premier envoi représentait 110 kg d’espèces d’une valeur de 57,3 millions de dollars, transitant probablement par train jusqu’au port d’Astrakhan, puis par navire à travers la mer Caspienne vers le port d’Amirabad, avant d’atteindre Téhéran par voie ferroviaire. Au total, près de cinq tonnes de billets de banque ont été expédiées en 34 lots distincts sur quatre mois, chaque transfert variant entre 57 et 115 millions de dollars.
Les experts estiment que ces flux massifs de liquidités constituaient très probablement le paiement d’achats militaires ou le financement d’entités clés comme le Corps des gardiens de la révolution islamique. Ces révélations documentées par le Telegraph démontrent des relations bien plus profondes entre les deux pays que ce qui était supposé auparavant. Les parallèles avec la guerre en Ukraine sont frappants : Téhéran fournit actuellement à Moscou des drones kamikazes Shahed-136 et des missiles balistiques à courte portée Fath-360, dans le cadre de contrats militaires estimés à 4,45 milliards de dollars.
Cette coopération financière clandestine s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large, souvent décrit par les analystes occidentaux comme l’émergence d’une alliance informelle d’États autoritaires. Le groupe parfois désigné sous l’acronyme CRINK – Chine, Russie, Iran, Corée du Nord – forme un nouveau pôle d’influence défiant l’ordre international occidental. La Russie et l’Iran ont d’ailleurs signé un accord de partenariat stratégique à long terme approfondissant leur collaboration politique, économique et militaire.
Promsvyazbank, nationalisée en 2017 et reconvertie pour servir les entreprises du complexe militaro-industriel russe, a joué un rôle central dans ces opérations. Son président, Petr Fradkov – fils de l’ancien chef du service de renseignement extérieur russe – a été sanctionné par les États-Unis et le Royaume-Uni après l’invasion de l’Ukraine. Les inquiétudes persistent quant à la continuation de tels paiements aujourd’hui, alors que l’Iran reste un fournisseur militaire crucial pour les forces russes engagées dans le conflit ukrainien.