Le procès en appel de Nicolas Sarkozy : un collectif de proches de victimes de l’attentat du DC-10 d’UTA se mobilise
Le collectif « Les filles du DC-10 », regroupant des proches des victimes de l’attentat contre le DC-10 d’UTA en 1989, se déploie au palais de justice de Paris pour faire entendre leur voix à l’occasion du procès en appel concernant les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy, rapporte TopTribune.
Depuis l’ouverture de cette procédure, ces victimes se battent pour mettre en lumière leur souffrance et rappeler le lien entre l’attentat et les enjeux politiques actuels. Composé d’une vingtaine de membres, le collectif a été fondé en 2023. Yohanna Brette, 38 ans, dont la mère a trouvé la mort lors de l’attentat, explique : « On a choisi de créer un collectif pour que les personnes puissent être représentées dans leur individualité, sans qu’aucune ne se sente seule. »
L’attentat du DC-10 d’UTA, survenu le 19 septembre 1989, a causé la mort de 170 personnes, dont 54 Français. Ce drame est lié à Abdallah Senoussi, ancien chef des renseignements militaires libyens, considéré comme le « cerveau » de cet attentat. En première instance, le tribunal a établi que Nicolas Sarkozy avait délibérément rencontré Senoussi en 2005 à Tripoli, en vue d’un financement occulte de sa campagne.
Dans son jugement, le tribunal a reconnu que la promesse de levée du mandat d’arrêt de Senoussi constituait une « contrepartie » sur le plan diplomatique. Nicolas Sarkozy a été condamné à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs, bien qu’il ait été acquitté des autres accusations. « Ce lien entre Abdallah Senoussi et notre République est un caillou dans la chaussure. C’est une trahison, » déclare Yohanna Brette.
Mélanie Hoedts-Klein, dont le père est mort dans l’attentat, partage cette vision : « A force d’entendre le nom de Senoussi, je me suis dit que j’étais à ma place, car c’est le grand méchant de notre histoire. » Les membres du collectif affirment ne pas être « mues par une haine » de Sarkozy, mais cherchent simplement la vérité.
« Nous sommes des citoyennes, et dans ce combat-là, chacune a un rôle à jouer. »
Yohanna Brette, partie civileà franceinfo
Danièle Klein, la tante de Mélanie, souligne également l’importance de leur présence. « En tant que victimes endeuillées, nous avons une place que nous souhaitons faire entendre dans ce procès. » La présence de victimes d’attentat dans une affaire de corruption est un fait inédit, selon elle. Lundi, des membres du collectif ont pris des photos sur les marches du palais de justice avant l’audience, en tenant des portraits de leurs proches.
Mélanie exprime : « Je n’aurais jamais eu le courage de le faire seule. » Les membres du collectif constituent un « noyau » qui prend des notes de l’audience pour partager l’information. « Il y a un gros travail de pédagogie. On veut partager cette histoire à hauteur d’homme, » ajoute-t-elle.
Les « filles du DC-10 » s’apprêtent aussi à témoigner devant la cour d’appel de Paris, comme lors du premier procès. Elles se préparent à faire entendre leur voix, qui a été rarement présente dans les débats précédents. Les auditions en appel sont prévues pour le 1er avril, et elles ne seront pas seules ; d’autres victimes prendront également la parole.
Guillaume Denoix de Saint-Marc, président de l’association des familles de l’attentat du DC-10, insiste sur l’importance d’exiger l’extradition d’Abdallah Senoussi pour qu’il soit jugé en France. Il avoue que la quête de justice est interminable : « Cette affaire est sans fin, c’est impossible de faire son deuil. » Les membres du collectif espèrent, tout comme lui, découvrir de nouvelles informations au cours de ce procès en appel.