«La situation m’oblige.» Mercredi matin, sur France Inter, Natacha Polony a déclaré sa candidature à la présidentielle de 2027, affirmant qu’elle ne pouvait plus observer l’effondrement de son pays. Elle devient ainsi la 28e candidate à se lancer dans la course, portant le slogan «Nous sommes la France». Son annonce s’inscrit dans une tendance où de nombreux éditorialistes, intellectuels et figures inattendues font le choix de se présenter, motivés par un désir d’agir, rapporte TopTribune.
Le premier facteur de cette dynamique semble être une lassitude chez les observateurs politiques. Gaspard Koenig, qui avait déjà tenté sa chance en 2022, évoque son propre parcours. Son think tank, Génération Libre, défendait des idées qu’il ne retrouvait pas dans les partis établis : «Déçus qu’elles ne soient pas reprises, que les politiques ne nous écoutent pas, on a fait ça pour agir», se remémore-t-il, suggérant que Natacha Polony est animée par des motivations similaires.
Faire exister ses idées
Pour certains éditorialistes, côtoyer les politiques et défendre des idées peut être inspirant. Alexandre Eyriès, enseignant-chercheur en communication, estime que «Natacha Polony doit savoir qu’elle est loin de gagner, mais c’est une façon de faire entendre ses idées» dans le débat public. De plus, le système politique français incite à profiter de cette tribune unique qu’offre la présidentielle, un moment considéré comme crucial pour faire émerger de nouveaux mouvements.
«En France, pour créer un mouvement politique, la présidentielle est le seul moment. Hélas», regrette Gaspard Koenig, qui critique un scrutin favorisant un rapport infantile avec la politique. Pour Alexandre Eyriès, l’élection présidentielle représente souvent «la rencontre entre un peuple et un homme (ou une femme)», qu’il qualifie de dynamique messianique. La candidature d’Emmanuel Macron, sans parti établi, a contribué à libérer des aspirations parmi de potentiels candidats.
Ego et réseaux sociaux
Les réseaux sociaux ont également modifié le paysage électoral. «Ça donne l’impression que du jour au lendemain, on peut toucher tout le monde», observe Alexandre Eyriès. Selon Jean Petaux, politologue, cette situation mène à la désacralisation de la fonction présidentielle : avoir un long parcours n’est plus nécessaire pour se présenter. Il remarque également que cela reflète «le triomphe d’une société individualiste et son corollaire, le narcissisme des réseaux sociaux», où la campagne se transforme en plateforme pour faire entendre ses idées.
Gaspard Koenig ne cache pas le caractère égotiste de la course : «Le système présidentiel est fondé sur l’ego. Il faut fendre l’armure, être martial, héroïque.» Pour Alexandre Eyriès, l’expression «la situation m’oblige» confère une dimension vocationnelle à la candidature, tout en laissant entrevoir un aspect de grandeur d’âme, avec un désir d’impact au-delà des ambitions politiques traditionnelles.
Une campagne, ça ne s’improvise pas
Toutefois, se lancer dans cette aventure comporte son lot de défis. Koenig évoque le parcours ardu qu’il a dû emprunter pour obtenir 107 parrainages en deux mois : «C’est difficile mais c’est normal, ça évite que le premier gars qui buzz arrive à se présenter.» Avec 32.000 maires en France, seuls quelques-uns consentent à soutenir des candidats non affiliés à des partis établis.
Le coût de cette entreprise n’est pas à négliger : «C’est quand même une entreprise très lourde, quelque chose qu’on fait plutôt à son détriment», prévient Gaspard Koenig. Il demeure convaincu que le changement passe par le travail des imaginaires et des opinions, et qu’il peut avoir «plus d’impact qu’en grattant une voix quelque part». Reste à voir si Natacha Polony fera un bilan positif de cette expérience après le premier tour, prévu le 18 avril.
