Des candidats se bousculent avant la présidentielle de 2027
À moins de deux ans de la présidentielle de 2027, le paysage politique se complique. Pour éviter un embouteillage de candidats et contourner le processus de primaire, certains acteurs politiques plaident en faveur d’une sélection basée sur les sondages. « Retailleau, Lisnard, Attal, Philippe… on pourrait citer sept ou huit noms, il n’y a pas besoin d’avoir fait l’ENA pour comprendre que si deux ou trois y vont, on est morts ! », confie un député LR. Ce mécanisme proposé suscite néanmoins des interrogations quant à sa pertinence, rapporte TopTribune.
Ce recours aux sondages soulève diverses incertitudes. « Un sondage, on le dit et le répète, n’est pas une prédiction du futur scrutin, mais une photographie à l’instant T des intentions de vote », souligne Mathieu Gallard, directeur d’études à l’institut Ipsos-BVA. Il interroge également les modalités : « Quel type de sondage ? Quelles questions poser ? Quel échantillon, les sympathisants ou l’ensemble des Français ? Et surtout, quand faire cette enquête ? ». Les interrogations demeurent quant à la méthode.
Les partisans de cette approche, qu’ils soient à droite comme Gérard Larcher ou parmi les socialistes anti-primaire, demeurent flous sur les détails. « Le vote est volatil. Le choix des Français se cristallise parfois dans les dernières semaines de campagne », ajoute Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de Toluna Harris Interactive. Ce dernier rappelle que les élections ont souvent désavoué les favoris anticipés, évoquant des exemples marquants comme Michel Rocard en 1981, Lionel Jospin en 2002 ou Alain Juppé en 2017.
Les sondages : un recours contesté
Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos, décrit le recours aux sondages comme le reflet d’un affaiblissement majeur du politique. À l’unanimité, ses collègues partagent ce constat. « J’ai l’impression qu’on fait appel aux sondages quand on est en panne d’idées, et à défaut d’avoir une personnalité légitime et capable de s’imposer à tous », décrit Jean-Daniel Levy. L’importance des sondages dans le débat politique n’est pas nouvelle, mais pourrait évoluer dans ce contexte.
Bruno Cautrès, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), qualifie ce recours de « pire des solutions » sur le plan du débat démocratique, rappelant que traditionnellement, il appartient aux partis politiques d’identifier leurs candidats. Dans les sondages, le Rassemblement national se profilerait comme un candidat potentiel au second tour de la présidentielle, ce qui inciterait les différents camps à s’unir pour contrer une telle scenario.
Une méthode à reconsidérer ?
L’hypothèse d’une élimination dès le premier tour pourrait inciter à cette union nécessaire. « Chacun devra prendre ses responsabilités pour éviter le duel Mélenchon-Bardella. Cela pourrait être une forme de primaire ou regarder en fin d’année qui est le mieux placé dans les sondages », soutient une proche de Gabriel Attal. Il est à noter que la primaire exige un investissement considérable en temps et en ressources, poussant certains à privilégier les enquêtes d’opinion.
Jean-Daniel Levy rappelle que « le sondage ne remplace pas le vote, mais il peut donner des informations précieuses ». Les valeurs des intentions de vote seules ne suffisent pas, conclut-il, évoquant la nécessité d’évaluer les préoccupations des Français, le regard porté sur les candidats et leur capacité à représenter la France à l’international. Son institut a été contacté par plusieurs responsables politiques à ce sujet.
Aussi, certains envisagent une « sélection naturelle », imaginant qu’un candidat réussira à se démarquer dans les sondages à l’approche du scrutin, poussant les autres à se retirer. Toutefois, la crainte persiste : « Mais si personne ne prend le lead, et que, par exemple, Philippe et Attal sont au coude-à-coude, que se passera-t-il ? » interroge Mathieu Gallard. L’utilisation des sondages comme méthode de sélection pourrait ouvrir la voie à des impasses.