À moins d’une semaine des élections de mi-mandat du 3 novembre aux États-Unis, les responsables électoraux américains se préparent à protéger le scrutin contre une menace inhabituelle : leur propre gouvernement fédéral. Les autorités redoutent que des pressions de l’administration Trump ne préparent une contestation du verdict des urnes, soulevant des craintes d’un événement similaire à l’attaque du Capitole du 6 janvier 2021, le jour de l’installation du nouveau Congrès le 3 janvier 2027, rapporte TopTribune.
Dans une enquête approfondie publiée le 27 octobre, le New York Times décrit comment des équipes anticipent des interventions susceptibles d’entraver le vote, le dépouillement ou la reconnaissance des résultats. Washington, censé protéger le droit de vote, est désormais perçu comme une source potentielle de perturbation.
Les États forment leurs agents électoraux à toute éventualité
Cette situation inédite contraint les États, responsables de l’organisation du scrutin, à réviser leurs préparatifs. Que faire si des agents de la police fédérale de l’immigration, l’ICE, interviennent près d’un bureau de vote ? Comment réagir si des observateurs fédéraux outrepassent leurs prérogatives ou si des agents tentent de saisir des bulletins et des machines à voter ? Les autorités locales consultent leurs avocats et forment leurs personnels. Le Comité pour des élections sûres et sécurisées a ainsi contribué à environ 140 sessions de formation cette année, contre 67 en 2024.
Cependant, ces précautions ne garantissent pas que les interventions redoutées se produiront. Plusieurs responsables fédéraux ont écarté l’idée d’envoyer des agents ou des soldats dans les bureaux de vote, tandis que la Maison-Blanche tente de rassurer en décrivant les initiatives de Donald Trump comme une défense de l’intégrité du scrutin. Toutefois, cette confiance semble insuffisante pour apaiser la méfiance, qui s’étend même aux responsables républicains dans l’Utah, préparant eux aussi une éventuelle intervention fédérale.
Les accusations de fraude de Trump avant le scrutin
Cette inquiétude est alimentée par les accusations répétées de Trump sur la fiabilité des élections, incluant des allégations concernant les votes de non-citoyens et les bulletins par correspondance. Son administration réclame des listes électorales et multiplie les procédures judiciaires, instillant une atmosphère de suspicion qui pourrait potentiellement fournir des arguments au camp MAGA pour contester une victoire démocrate.
Face à ce risque, les autorités locales comptent sur le système judiciaire, qui a déjà bloqué plusieurs tentatives d’intervention du président dans l’organisation des élections. Elles comptent également sur la préparation de leurs agents en veillant à ce qu’ils comprennent les règles en matière d’observateurs fédéraux et les restrictions qui leur incombent.
Rendre ces préparatifs publics, cependant, pose un dilemme : cela montre que les risques sont pris au sérieux tout en convainquant certains électeurs que voter pourrait être dangereux ou inutile. Les responsables doivent donc trouver un équilibre entre la protection du scrutin et la préservation d’une participation électorale active.
Un ancien juge alerte sur la possibilité que les républicains refusent de valider les victoires démocrates
Michael Luttig, ancien juge fédéral d’appel, met en garde contre un risque encore plus grave que celui du vote. Il envisage le 3 janvier 2027, un greffier intérimaire nommé par Mike Johnson, président de la Chambre des représentants, susceptible d’exclure des démocrates élus de la liste permettant l’organisation du nouveau Congrès. Cette hypothèse rappelle les événements du 6 janvier 2021, lorsque Trump tentait d’empêcher la certification des résultats électoraux, une tentative contrée à l’époque par le vice-président Mike Pence.
Luttig soulève la question de savoir s’il y aura des voix au sein du Parti républicain pour préserver la démocratie face à la domination de Trump. Un refus de valider le verdict des urnes pourrait plonger le pays dans une crise institutionnelle inédite. Les élus empêchés de siéger pourraient se tourner vers le système judiciaire, allant jusqu’à la Cour suprême, mais Luttig prévient que les recours pourraient prolonger la crise, intensifiant ce qu’il appelle « la bataille finale pour la démocratie américaine ».
