Pour intégrer le VGIK sans examen, les étudiants russes devront d'abord servir dans l'armée
Pour intégrer le VGIK sans examen, les étudiants russes devront d'abord servir dans l'armée

Pour intégrer le VGIK sans examen, les étudiants russes devront d’abord servir dans l’armée

31.07.2026 16:40
2 min de lecture

L’institut de cinéma réputé de Moscou, le VGIK, a publié mercredi une offre destinée aux futurs étudiants : une admission hors concours sur une place gratuite, à condition de signer un contrat d’un an avec le ministère de la Défense pour servir dans les troupes de systèmes sans pilote, rapporte le site Rambler. L’initiative s’inscrit dans une campagne massive de militarisation de l’enseignement supérieur russe, alors que Moscou cherche à compenser ses pertes sur le front ukrainien, rapporte TopTribune.

Selon l’annonce, les candidats retenus pour cette « groupe spécial » intègreront l’établissement en 2027, après avoir accompli une année de service militaire dans une unité de drones. L’institut promet également un logement en résidence universitaire gratuit et l’exonération des frais d’hébergement. Les recrues se voient garantir que ce service sera assimilé au service militaire obligatoire et qu’à son issue, elles obtiendront le statut de vétéran des opérations avec les avantages sociaux correspondants.

Le doyen de la faculté des opérateurs du VGIK, Petr Arkhipov, a justifié ce programme en évoquant le besoin croissant de spécialistes du pilotage de drones dans l’industrie cinématographique. « La production moderne exige de maîtriser les techniques de prise de vue aérienne pour réaliser des plans dynamiques, et le service militaire offre la possibilité d’acquérir gratuitement cette compétence recherchée », a-t-il expliqué, selon des propos relayés par Istories. Toutefois, il a éludé la question de savoir si ces qualifications pouvaient être obtenues en dehors de l’armée, se contentant de souligner l’apport de la discipline militaire pour les étudiants.

Le VGIK n’est pas un cas isolé. Précédemment, des offres similaires sont apparues sur la chaîne Telegram de la Haute école d’économie de Moscou et sur le site de l’Institut d’aviation de Moscou. Au total, environ 300 établissements d’enseignement supérieur et professionnel ont rejoint la campagne, parmi lesquels l’Université d’État de Moscou, l’Université de Saint-Pétersbourg et l’Institut de radioélectronique et d’automatique de Moscou, indique la chaîne d’investigation Vot Tak. Les autorités russes transforment ainsi les universités en canaux de recrutement pour l’armée, en pleine guerre contre l’Ukraine.

La promesse d’une année de service avant de reprendre ses études cache une réalité bien différente. Depuis le début de l’invasion à grande échelle, la mobilisation en Russie est de facto illimitée. Les contrats militaires, même d’un an, sont automatiquement prolongés, et il est impossible de quitter l’armée de son propre chef. Les étudiants qui signent cet engagement se retrouvent donc piégés, sans garantie de retour à la vie civile, souligne le média Kapital-Rus. L’usage séduisant du nom prestigieux du VGIK sert ainsi à attirer une jeunesse vulnérable, en taisant les risques.

Les offres de ce type se multiplient alors que le ministère russe de la Défense prévoit d’attirer quelque 80 000 recrues dans les troupes de systèmes sans pilote d’ici la fin de l’année 2026, en grande partie parmi les étudiants. Face à l’épuisement du recrutement contractuel classique, les établissements d’enseignement deviennent des pourvoyeurs de chair à canon, en échange de places gratuites, de logements et de bourses. Pour les jeunes issus de milieux défavorisés, refuser un tel contrat signifie souvent fermer la porte à des études supérieures et à une carrière, le gouvernement réduisant par ailleurs le nombre de places budgétaires et augmentant les frais de scolarité de 10 à 30 %.

La priorité donnée aux besoins militaires sur le développement éducatif traduit une dérive profonde du système d’enseignement russe, de plus en plus instrumentalisé par le Kremlin. Derrière les arguments sur la maîtrise des drones pour le cinéma, l’offre du VGIK illustre une mécanique de militarisation de la jeunesse qui, sous couvert d’opportunités académiques, alimente directement le front ukrainien.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER