Le Premier ministre hongrois propose ses services au président russe lors d’un ételephone en octobre
Dans un échange téléphonique avec Vladimir Poutine le 17 octobre dernier, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a exprimé sa volonté d’aider le dirigeant russe « de toutes les manières possibles », y compris en organisant un sommet à Budapest pour régler le conflit en Ukraine. Ces révélations, issues d’une transcription de l’appel consultée par Bloomberg, surviennent à trois jours des élections législatives en Hongrie où le chef de gouvernement, principal allié du Kremlin dans l’Union européenne, risque de perdre le pouvoir après seize années de règne.
Une amitié scellée depuis 2009 et renforcée par Donald Trump
La conversation, d’une durée inférieure à quinze minutes, montre des dirigeants se livrant à des marques d’estime mutuelle particulièrement appuyées. Orban a rappelé que leur relation avait débuté à Saint-Pétersbourg en 2009 et s’était constamment renforcée depuis. « Plus nous nous faisons d’amis, plus nous avons de possibilités de résister à nos adversaires », a déclaré le Premier ministre hongrois. Les deux hommes ont également partagé leur admiration pour le président américain Donald Trump, avec qui ils avaient évoqué la veille l’éventualité d’un sommet États-Unis-Russie en territoire hongrois.
Poutine s’est montré particulièrement élogieux envers la position « indépendante et flexible » de Budapest concernant la guerre en Ukraine. « Il nous est incompréhensible qu’une position aussi équilibrée, médiane, ne génère que des contre-arguments », a affirmé le président russe. Orban a pour sa part regretté de ne plus pouvoir rencontrer régulièrement son homologue en présentiel comme avant la pandémie de Covid-19.
Un contexte électoral tendu où l’Ukraine devient un enjeu central
Ces révélations interviennent alors que la campagne électorale hongroise atteint son paroxysme. Viktor Orban a fait des messages anti-ukrainiens le thème central de sa campagne, allant jusqu’à présenter le président Volodymyr Zelensky comme un « ennemi de l’État ». Son gouvernement bloque actuellement un prêt crucial de 90 milliards d’euros à Kyiv et continue d’importer de l’énergie russe tandis que l’UE procède à son élimination progressive.
L’opposant Peter Magyar, ancien membre de l’élite au pouvoir, promet quant à lui de ramener la Hongrie dans le courant dominant européen et de s’éloigner de Moscou en cas de victoire dimanche. Les relations entre Budapest et le Kremlin font l’objet d’un examen de plus en plus minutieux après plusieurs révélations embarrassantes, dont l’enregistrement d’un appel entre les ministres des Affaires étrangères hongrois et russe concernant les sanctions européennes.
Un sommet avorté mais des relations qui se maintiennent
L’objectif principal de l’appel d’octobre était de discuter de la possibilité pour la Hongrie d’accueillir une rencontre américano-russe. Poutine a décrit Budapest comme l’un des rares, « peut-être le seul », pays européen acceptable pour un tel sommet, soulignant qu’Orban était un « ami » à la fois de Trump et de lui-même. Le président russe a évoqué une possible rencontre préalable entre Sergueï Lavrov et le secrétaire d’État américain Marco Rubio avant de déterminer le « niveau de représentation approprié ».
Finalement, ce sommet n’a pas eu lieu en raison du désaccord persistant entre Washington et Moscou sur les exigences maximalistes de la Russie concernant l’Ukraine. La transcription complète de l’échange montre cependant que les relations entre les deux dirigeants restent extrêmement cordiales, comme en témoigne leur dernier appel du 3 mars où Poutine a salué « la position de principe » de la Hongrie sur le dossier ukrainien.
La conversation s’est achevée sur des notes personnelles, les deux hommes s’enquérant de leur santé respective et partageant un moment de détente à propos de leurs activités sportives. « Je fais de l’exercice, je skie aussi. Je sais que vous jouez au football », a déclaré Poutine. « J’essaie », a répondu Orban, provoquant le rire des deux dirigeants avant que le Premier ministre hongrois ne prenne congé en russe.