Nationalisation d'ArcelorMittal France : les implications d'une proposition de loi adoptée par l'Assemblée nationale

Nationalisation d’ArcelorMittal France : les implications d’une proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale

28.11.2025 11:27
3 min de lecture

L’Assemblée nationale a adopté, jeudi 27 novembre 2025, en première lecture, une proposition de loi de La France insoumise visant à nationaliser ArcelorMittal France, alors que la sidérurgie française fait face à des défis majeurs. Les insoumis ont qualifié cette décision de « victoire historique », en opposition aux critiques du ministre de l’économie, Roland Lescure, qui a qualifié la mesure de « réponse populiste à un problème structurel ». L’avenir de ce texte reste incertain, car son examen au Sénat pourrait être compliqué par la dominance de la droite et du centre, qui sont globalement opposés à une nationalisation, rapporte TopTribune.

Que contient la proposition de loi votée ?

Cette proposition, soumise par La France insoumise dans le cadre de sa niche parlementaire, vise à nationaliser ArcelorMittal France « afin de préserver la souveraineté industrielle de la France« . Elle a été adoptée avec 127 voix pour et 41 contre, grâce au soutien d’autres partis de gauche, notamment les socialistes, les écologistes et les communistes. Le Rassemblement national a choisi de s’abstenir, tandis que le gouvernement a voté contre.

La nationalisation porterait sur une dizaine de sites, y compris les aciéries de Dunkerque et de Fos-sur-Mer, qui représentent les installations les plus importantes du pays. Le texte, présenté par la députée insoumise Aurélie Trouvé, stipule que « la société ArcelorMittal France est nationalisée » et met en place un mécanisme pour évaluer sa valeur, estimée à « environ 3 milliards d’euros ». Cette initiative est soutenue par la CGT et par des salariés du groupe, qui avaient organisé une manifestation le même jour près de l’Assemblée nationale.

Dans quel contexte économique pour la sidérurgie ce texte s’inscrit-il ?

Les partisans de la nationalisation estiment qu’elle est essentielle pour sauvegarder les 15 000 emplois liés à ArcelorMittal en France, au moment où la sidérurgie nationale traverse une crise sévère, comme en témoigne le projet de suppression de plus de 600 postes au sein du groupe. ArcelorMittal, contrôlé par l’industriel indien Lakshmi Mittal, est régulièrement critiqué pour abandonner ses sites français jugés non rentables par rapport à d’autres installations à l’international, notamment en Inde et au Brésil.

Le groupe justifie ses choix par la concurrence chinoise, la hausse des coûts énergétiques depuis le début de la guerre en Ukraine, ainsi que par les droits de douane américains sur l’acier. Cependant, la CGT et La France insoumise mettent en avant le manque d’investissement d’ArcelorMittal et soulignent la solidité du groupe, qui a enregistré un bénéfice net de 718 millions d’euros au premier trimestre 2025. La proposition législative cherche également à relancer la décarbonation des hauts-fourneaux, alors qu’ArcelorMittal a suspendu ses projets de décarbonation sur le site de Dunkerque, arguant d’une insuffisante compétitivité de l’acier produit en Europe.

A-t-il une chance d’être adopté ?

Le futur de cette proposition de loi est fortement compromis, car ce vote revêt un caractère symbolique. Les insoumis n’ayant pas de groupe au Sénat, un allié devra inclure ce texte à l’ordre du jour pour qu’il soit débattu. Compte tenu de la majorité de droite et du centre, qui sont fermement opposés à cette nationalisation, il est peu probable qu’un vote favorable soit obtenu. De plus, le gouvernement a exprimé son désaccord pour des raisons jugées plus appropriées à l’échelle européenne.

Comment les dirigeants politiques et les syndicats réagissent-ils ?

À l’issue du vote, les insoumis ont célébré ce qu’ils considèrent comme une « victoire historique », la cheffe de groupe Mathilde Panot déclarant que ce scrutin est une « page d’histoire à l’Assemblée nationale ». Jean-Luc Mélenchon a exprimé sa joie sur les réseaux sociaux, clamant que « ArcelorMittal est nationalisé », bien que cela ne soit pas encore le cas, la procédure législative étant loin d’être achevée.

Le ministre de l’économie, Roland Lescure, a critiqué cette initiative comme étant « une réponse populiste à un problème structurel », en affirmant que « la pseudo-alliance opportuniste de LFI et du RN ne résoudra pas les enjeux de concurrence déloyale que connaît l’entreprise ». De son côté, le ministre délégué à l’industrie, Sébastien Martin, a dénoncé l’inefficacité de ce vote pour faire face aux véritables difficultés de la sidérurgie, mais a reconnu qu’il représente une première victoire dans la lutte pour la nationalisation, tout en soulignant que le chemin reste encore long pour parvenir à un aboutissement.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER