Moustiques : un répulsif peut devenir un signal pour les piqûres.

Moustiques : un répulsif peut devenir un signal pour les piqûres.

29.05.2026 10:16
5 min de lecture

Les moustiques peuvent-ils s’adapter à nos dispositifs de protection ? Des chercheurs de l’Université de Tours et de Virginia Tech ont mis en lumière, en laboratoire, que l’efficacité d’un répulsif bien établi peut diminuer lorsqu’il est associé à une prise de sang. Cette révélation ne remet pas en cause l’utilisation du DEET, mais souligne que son efficacité est influencée par son dosage, sa durée d’efficacité et la fréquence de son application, rapporte TopTribune.

Moustiques : une réaction modifiée face au DEET

Le DEET fait partie des composés les plus reconnus dans les produits anti-moustiques. Utilisé depuis des décennies, il vise à diminuer les piqûres, surtout dans les régions où certains insectes peuvent transmettre des maladies comme la dengue, le Zika, le chikungunya ou la fièvre jaune. Son action est de dissuader les moustiques en perturbant leur capacité à détecter l’hôte humain ou en rendant l’approche moins séduisante.

Cependant, une étude révélée le 28 mai 2026 dans le Journal of Experimental Biology présente une nuance significative : la réaction des moustiques au DEET ne se limite pas à un simple réflexe instinctif. Sous certaines conditions, elle peut être affectée par l’expérience acquise. Les scientifiques ont focalisé leurs travaux sur l’Aedes aegypti, une espèce bien connue pour son rôle dans la transmission de plusieurs virus dans les régions affectées.

Les chercheurs précisent que « les moustiques formés ont montré un changement dans l’appréciation du DEET, passant d’un évitement instinctif à une réponse appris positive ». En d’autres termes, une odeur qui est généralement associée à l’évitement peut, à la suite d’un apprentissage, devenir un indice de nourriture.

Cependant, cette découverte ne signifie pas que les moustiques deviennent attirés par tous les répulsifs. Elle indique plutôt qu’un insecte est capable de redéfinir la signification d’un signal chimique basé sur ses expériences de repas. Cela implique qu’un répulsif n’est pas une barrière absolue, mais doit maintenir une activité suffisante pour inhiber les piqûres.

Une expérience fondée sur l’apprentissage

Le protocole adopté par les chercheurs repose sur un principe de conditionnement. Les moustiques femelles ont été exposées à une poche de sang chaud, associée à l’odeur du DEET. Ici, l’insecte ne rencontrait pas uniquement un produit censé le repousser, mais il l’associait au moment d’un repas.

Selon un communiqué scientifique, les moustiques ont été nourris pendant 20 secondes avec du sang chaud, et l’odeur du DEET était diffusée durant les 10 dernières secondes. Cette séquence a été répétée trois fois. Lors d’un test subséquent, les chercheurs ont présenté le DEET seul, sans accès à un repas. Plus de 60 % des moustiques entraînés ont alors essayé de piquer la maille textile devant eux.

Ce résultat met en lumière la force du mécanisme observé, mais il convient de ne pas tirer de conclusions hâtives. L’expérience a été conçue dans un cadre très spécifique, avec une espèce déterminée, une molécule précise et un contexte pensé pour tester l’apprentissage de l’insecte. Dans la réalité, les moustiques évoluent dans un environnement plus complexe : odeurs corporelles, chaleur, humidité, mouvements, variabilité de la concentration du répulsif, et d’autres signaux.

Claudio Lazzari, professeur émérite à l’Institut de recherche sur la biologie des insectes à l’Université de Tours, a également souligné cette prudence auprès de TF1info. Selon lui, ces résultats ont été obtenus « dans des conditions très particulières » et ne « remettent pas en question l’efficacité du DEET ».

La portée de cette découverte réside essentiellement dans le fait que les moustiques ne réagissent pas seulement de manière réflexe à une molécule. Ils sont capables d’apprendre à associer une odeur à une récompense. Si cette odeur suit une piqûre réussie, elle peut perdre une partie de son effet dissuasif dans l’esprit de l’insecte.

Le risque d’une protection trop faible

Pour les consommateurs, la principale leçon met l’accent sur le moment où l’efficacité d’un répulsif commence à diminuer. Une application ancienne, une transpiration excessive, une baignade ou un frottement peuvent diminuer la concentration du produit sur la peau. Si le moustique perçoit encore l’odeur du répulsif tout en réussissant à piquer, le signal chimique peut potentiellement être associé à une nourriture.

Clément Vinauger, chercheur à Virginia Tech et co-auteur de l’étude, a expliqué le souci : « Si quelqu’un applique du DEET et que la concentration diminue avec le temps, mais qu’un moustique parvient à se nourrir, l’insecte peut alors commencer à associer cette odeur à une récompense. »

L’efficacité d’un répulsif ne dépend pas seulement du nom de la molécule figurant sur l’étiquette. Elle repose également sur le respect des instructions, de la quantité appliquée, des zones couvertes et du moment opportun pour renouveler l’application. Un produit bien choisi mais mal utilisé peut offrir moins de protection que prévue.

Dans un article relaye par Phys.org, Clément Vinauger recommande une approche simple : « Il vaut mieux éviter d’en appliquer une grande quantité d’un seul coup et préférer une réapplication régulière pour maintenir l’activité du produit et assurer une protection continue. »

Cette recommandation est particulièrement pertinente lors de longues journées à l’extérieur, lors de voyages en régions tropicales, pendant les soirées d’été ou en milieu où les moustiques sont nombreux. L’important n’est pas la multiplication des produits indifféremment, mais de suivre les durées de protection indiquées et d’appliquer le répulsif au bon moment.

Les répulsifs restent utiles en prévention

Cette étude ne doit pas mener à une méfiance généralisée envers les produits anti-moustiques. Les répulsifs représentent un élément essentiel, surtout dans les cas où les piqûres peuvent avoir des conséquences sanitaires significatives. L’Organisation mondiale de la santé souligne que la dengue est transmise à l’homme par des moustiques femelles infectées, en particulier Aedes aegypti.

En métropole française, la priorité concerne davantage le moustique tigre, Aedes albopictus, qui est déjà présent dans une grande partie du territoire. Bien que cette étude se concentre sur une autre espèce, elle enrichit notre compréhension des comportements des moustiques face aux signaux chimiques. Elle rappelle également qu’aucune solution ne doit être perçue comme suffisante à elle seule.

Le ministère français de l’Économie fait savoir que les produits contenant du DEET ou de l’IR3535 figurent parmi les options les plus efficaces, tout en appelant à la vigilance envers les produits à base d’huiles essentielles, dont l’efficacité est souvent plus variable et de durée limitée. Le choix d’un répulsif

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