Louis Arnaud, ancien otage en Iran : "La guerre permet au régime de renforcer sa répression"

Louis Arnaud, ancien otage en Iran : « La guerre permet au régime de renforcer sa répression »

04.03.2026 15:56
3 min de lecture

La situation alarmante des prisonniers politiques en Iran en période de conflit

En septembre 2022, quelques jours après la mort de Mahsa Amini et le début du mouvement « Femme, Vie, Liberté », le Français Louis Arnaud, un ancien consultant parisien parti faire le tour du monde, est arrêté en Iran. Détenu dans la prison d’Evin à Téhéran, symbole de la répression, il rejoint des milliers d’opposants au régime, des prisonniers politiques, universitaires et militants, mais aussi des ressortissants étrangers accusés d’espionnage et de propagande. Il y passe 623 jours, soit près de deux ans, rapporte TopTribune.

Cette prison, lieu de détention notoire, est le symbole d’une répression politique brutale orchestrée par la République islamique. Les détenus y subissent des actes de torture physique et psychologique systématiques, tout en vivant sous la menace d’exécutions sommaires ou de disparitions forcées, viennent régulièrement dénoncer les ONG de défense des droits de l’homme.

Aujourd’hui, les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran et la guerre au Moyen-Orient augmentent la vulnérabilité de ces prisonniers, qui figurent parmi les groupes les plus exposés du pays. Louis Arnaud, l’auteur du livre « La Révolution intérieure » (éditions Équateurs), exprime son inquiétude pour ces détenus désormais confinés, sans possibilité de se mettre à l’abri. Il redoute également que le régime iranien profite du conflit actuel pour intensifier sa répression et éliminer ses ennemis intérieurs.

Dans un entretien, Louis Arnaud confie que la situation dans la prison est tragique. « À la prison d’Evin, j’étais détenu dans la section 209, consacrée aux prisonniers politiques. Cet endroit est un abattoir. Les gens y sont jetés dans des cellules sans fenêtre, sans lit, dépouillés de tout. Nous vivons en permanence sous des lumières qui ne s’éteignent jamais, ce qui brouille notre perception du temps », décrit-il. Arnaud évoque également l’historique de violence exacerbée de l’Iran envers les prisonniers pendant les conflits, soulignant la crainte que des exécutions aient lieu dans l’ombre. »Chaque guerre leur donne un prétexte pour accroître les violences. La grande peur est que des prisonniers politiques soient exécutés secrètement, sans que leur famille en soit informée », ajoute-t-il.

Arnaud exprime sa crainte que le régime n’utilise des actes de violence envers ces prisonniers pour maintenir la population dans un climat de terreur. « Ce climat de guerre offre une occasion au régime pour se débarrasser de ses opposants », explique-t-il. Actuellement, les prisonniers sont plus vulnérables que jamais, coincés dans leurs cellules, grands oubliés d’une guerre qui fait rage autour d’eux.

Louis Arnaud souligne l’inaction des autorités vis-à-vis de ces prisonniers. « Alors que les habitants du quartier de la prison d’Evin sont évacués, les prisonniers restent confinés, sans protection. Ils risquent d’être laissés pour compte, comme cela s’est produit lors des bombardements précédents », dit-il, évoquant la guerre de 12 jours entre l’Iran et Israël en juin 2025, où certains prisonniers avaient été blessés ou tués, alors que le personnel pénitentiaire avait été évacué.

En apprenant que certains personnels de la prison ont quitté les lieux, il s’inquiète : « Le scénario le plus inquiétant serait que les détenus soient cachés dans des lieux secrets pour être utilisés comme boucliers humains. » Concernant les relations qu’il entretient avec d’autres prisonniers politiques, Arnaud explique qu’il a côtoyé des personnes issues de divers milieux sociaux, unies par leur désir de liberté et de dignité. « Ce sont des figures brillantes de notre société. Ils continuent leur lutte malgré les années de détention », témoigne-t-il.

Bien qu’il ne puisse plus avoir de nouvelles de ces prisonniers, Arnaud reste en contact avec le désespoir de son peuple. « Il est difficile de concevoir le niveau de désespoir des Iraniens », souligne-t-il. « Malgré les difficultés, ils continuent de se lever, comme ils l’ont fait pendant le mouvement ‘Femme, Vie, Liberté’. Ils sont coincés entre le désir de liberté et la réalité d’un régime oppressif. » Aujourd’hui, les Iraniens espèrent que les frappes extérieures affaibliront le régime, tout en étant conscients des risques que cela comporte.

Le futur semble incertain. « Je suis pessimiste sur la suite. Les Gardiens de la révolution peuvent être affaiblis, mais ils n’ont pas besoin de grand-chose pour réprimer encore leur population », conclut Louis Arnaud. Ces crises ne font qu’aggraver une situation déjà désespérée pour des milliers de prisonniers en Iran.

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