
Depuis le 29 septembre 2026, l’Espagne a instauré une mesure sans précédent en Europe : l’interdiction de toutes les expulsions locatives jusqu’en 2030. Appelé « décret Maricarmen » en hommage à une octogénaire expulsée après 70 ans de résidence, ce dispositif vise à apaiser une crise du logement qui touche des millions d’Espagnols, rapporte TopTribune.
Décret Maricarmen : trois mesures essentielles
Le cadre législatif élaboré par Madrid repose sur trois grands axes, visant à protéger les locataires face à la spéculation immobilière et à rendre le marché plus accessible pour les classes moyennes.
Interdiction des expulsions jusqu’en 2030
Aucune famille ne sera expulsée avant 2030, quelle qu’en soit la raison. Cette suspension concerne toutes les expulsions, y compris celles liées à des impayés ou à la fin des baux. Cette décision émane d’un besoin urgent d’éviter des situations dramatiques, telles que celle de Maricarmen Abascal, 87 ans, contrainte de quitter son domicile suite à l’acquisition de son immeuble par un promoteur immobilier. Son cas a suscité des manifestations à la Puerta del Sol à Madrid, poussant ainsi le gouvernement à agir. Félix Bolaños, le ministre espagnol, a déclaré que cette mesure constitue une avancée majeure pour les locataires et les petits propriétaires.
Renouvellement automatique des baux
Désormais, les contrats de location se renouvellent automatiquement, sans nécessiter d’intervention de la part des propriétaires. Cela évite les renégociations annuelles et les augmentations de loyer abruptes, offrant ainsi une plus grande sécurité aux locataires. Contrairement à la France, où un système de tacite reconduction existe, les propriétaires dans le cadre espagnol ne peuvent pas mettre fin aux baux pour vendre ou occuper le logement, rendant la situation plus favorable pour les locataires.
Restriction pour les fonds d’investissement
De plus, l’Espagne prohibe l’achat de logements résidentielles par des fonds d’investissement. Mónica García Gómez, ministre de la Santé, a confirmé que des sociétés comme Blackstone ou Cerberus, qui avaient déjà investi massivement après la crise de 2008, ne pourront plus acquérir d’appartements. Le gouvernement a également l’intention de réguler les locations saisonnières pour empêcher que les centres urbains se désertifient de leurs résidents permanents. À cet égard, Barcelone a d’ores et déjà renforcé ses règles, et Madrid semble également adopter cette approche au niveau national.
Une crise du logement sans précédent en Espagne
D’après le site immobilier Idealista, le prix moyen du mètre carré à la location a grimpé à 15,1 euros en août 2026, contre 8 euros en 2016. Cette forte augmentation rend les grandes villes espagnoles inaccessibles aux revenus moyens. À Madrid et Barcelone, certains secteurs dépassent les 20 euros le m², surpassant les loyers à Lyon ou Toulouse. Les jeunes actifs se voient contraints de migrer vers des banlieues lointaines, ce qui allonge considérablement leurs trajets et nuit à leur qualité de vie. Les familles monoparentales et les retraités avec de petites pensions ressentent particulièrement cette flambée des loyers.
La colère des citoyens se concentre particulièrement sur les fonds d’investissement et les plateformes de location touristique. Les premiers ont acquis de nombreux appartements post-2008, effectuant des rénovations minimales pour les louer à des prix exagérés. Les secondes se sont mises à transformer des immeubles en hôtels de fortune, ce qui a eu pour effet de diminuer l’offre de logements destinés à la population permanente. Face aux pressions exercées par les manifestants, le gouvernement de Sánchez a réagi, bien que ce dernier soit dépourvu de majorité au Parlement. L’avenir de ce texte législatif demeure incertain avant les prochaines élections de 2027.