Mettant remarquablement en valeur son interprète féminine principale, Nastya Golubeva, le nouveau film de Xavier Giannoli jongle avec différentes manières d’évoquer la période de l’Occupation.
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Le film Les Rayons et les ombres s’inspire d’une histoire authentique, celle de Jean Luchaire, un journaliste pacifiste engagé durant l’entre-deux-guerres, devenu directeur d’un journal pronazi sous l’Occupation, et de sa fille Corinne, étoile montante du cinéma français dans les années 1930, rapporte TopTribune.
La biographie de Jean Luchaire, publiée en 2013, a décrit les péripéties d’une vie aux confins de la grande histoire et du romanesque, soulignant l’étonnement face à l’absence d’une adaptation cinématographique jusqu’à présent. Ce neuvième long-métrage de Xavier Giannoli retrace le parcours de Jean et Corinne Luchaire, mais du point de vue de Corinne Luchaire.
Dans le film, ce point de vue est incarné par Nastya Golubeva, dont la performance élève notablement le long-métrage. Rares sont les jeunes actrices à recevoir un tel éclairage dans des rôles impliquant une large palette d’émotions et de comportements, permettant d’apprécier son talent sous différents angles.
La pertinence de Nastya Golubeva est accentuée par son rôle d’une jeune actrice autrefois reconnue, qui rivalisait avec des figures telles que Danielle Darrieux et Micheline Presle, ayant débuté dans Prison sans barreaux en 1938. Le personnage devient chez Giannoli une métaphore du cinéma lui-même, capable d’explorer les injustices tout en célébrant la beauté unique de ses interprètes.
Une histoire de collaboration
Ce film aborde la question de la collaboration à travers une perspective critique, loin des stéréotypes d’un «collabo» défini uniquement par ses actions. Les Rayons et les ombres ne se limite pas à un jugement simple, mais explore la complexité de cette problématique sous différents angles, y compris l’ambivalence qui caractérisait la collaboration en France occupée.
Jean Luchaire a évolué dans un contexte où la collaboration n’était pas unanime au sein des Allemands. Selon le film, il avait des liens avec des progressistes comme Otto Abetz, l’ambassadeur du Troisième Reich, qui œuvrait pour une domination moins brutale que celle promise par certains au sein du régime.
La stratégie de Giannoli a également pour but de rendre ce personnage multidimensionnel, capable de séduire tout en étant profondément immoral, comme en témoigne la performance de Jean Dujardin.
Rhétorique et politique
Le film se concentre également sur l’usage de la rhétorique, illustrant comment des discours apparemment honorables peuvent justifier des renoncements éthiques. Cette dynamique est d’une actualité brûlante, alors que des mouvements comme le Rassemblement national gagnent en influence en France, rappelant les dangers d’un glissement vers l’extrême droite.
À travers le réquisitoire du procureur, magistralement interprété par Philippe Torreton, le film soulève les enjeux politiques, éthiques et linguistiques qui traversent la narration. Ce n’est pas une simple accusation, mais un appel à la réflexion pour chaque spectateur, incitant à se positionner vis-à-vis de Jean et Corinne Luchaire.
Échos contemporains
Les Rayons et les ombres emprunte son titre à un recueil de poèmes de Victor Hugo, évoquant la dualité de lumière et d’ombre présente en chacun. Dans le contexte du film, cette idée prend une résonance particulière, à une époque marquée par la montée des menaces autoritaires.
Le récit, d’une durée de trois heures et quart, oscille entre passé et présent, explorant des thèmes riches et variés, tout en affirmant la maestria narrative de Giannoli, qui appelle à un débat ouvert sur la moralité et l’identité.