Les défrichages à grande échelle d’Amazonie attirent souvent l’attention, pourtant, selon une nouvelle étude publiée dans la revue Nature, ce sont les petites surfaces de déforestation qui nuisent le plus à la capacité des forêts tropicales à stocker le carbone. Ces petites perturbations s’avèrent être les principales responsables de la majorité des pertes de carbone observées au cours des trente dernières années, d’après Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) et coauteur de l’étude, rapporte TopTribune.
Une déforestation bien souvent permanente
Les zones de déforestation, mesurant moins de deux hectares, ont causé 56 % des pertes nettes de carbone dans ces forêts, représentant plus de la moitié des émissions notées, notamment en Afrique et en Asie du Sud-Est. Bien qu’elles ne constituent que 5 % des zones déboisées, leur impact est « disproportionné », selon les experts.
Cette déforestation à petite échelle est souvent permanente, car elle est pratiquée pour l’agriculture de subsistance, la construction de routes ou l’urbanisation. En revanche, les incendies sur de plus grandes surfaces, bien que spectaculaires, tendent à être compensés à long terme par la régénération naturelle de la végétation.
La faute aux incendies et à l’agriculture
Les forêts tropicales jouent un rôle critique dans l’absorption et le stockage du CO2, contenant environ la moitié du carbone végétal mondial. Toutefois, elles sont sérieusement menacées par la déforestation et les dégradations dues aux incendies, à l’agriculture, à l’exploitation forestière et minière. Selon les données du Global Forest Watch, en 2024, l’équivalent de 18 terrains de football de ces forêts tropicales a été détruit chaque minute.
Des effets pas nécessairement « inexorables »
Les forêts tropicales humides les plus affectées se situent principalement en Amazonie, où des mesures de protection ont été mises en place au Brésil depuis environ vingt ans. Elles sont également menacées en Afrique, dans le bassin du Congo, ainsi qu’en Asie, notamment à Bornéo.
Dans un constat alarmant, les chercheurs estiment que ces forêts ont, au total, émis plus de carbone qu’elles n’en ont absorbé durant les trois dernières décennies. Cependant, l’étude souligne que les pertes de carbone ne sont pas « inexorables ». Ciais affirme : « Si nous parvenons à réduire significativement les activités liées à la dégradation et à la déforestation, les forêts pourraient se régénérer rapidement, et ainsi passer de source à puits de carbone. »
Ce processus de récupération pourrait non seulement restaurer la biodiversité mais également contribuer de manière significative aux efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique. Les chercheurs insistent sur l’urgence des actions à entreprendre pour protéger ces écosystèmes vitaux.
Alors que le monde est confronté à des défis environnementaux croissants, des initiatives locales et internationales sont indispensables pour préserver et restaurer les forêts tropicales. Ce faisant, non seulement la biodiversité est sauvegardée, mais les efforts pour limiter le réchauffement climatique sont également renforcés. La coopération internationale, les investissements dans des pratiques agricoles durables et la sensibilisation du public aux enjeux de la déforestation sont des stratégies clé pour assurer un avenir viable à ces forêts. Cela requiert un engagement fort de la part des gouvernements, des entreprises, ainsi que de la société civile.
En conclusion, la déforestation à petite échelle représente un défi majeur pour le climat mondial et les efforts de conservation. Seule une stratégie globale et concertée pourra inverser cette tendance dévastatrice et garantir l’intégrité des forêts tropicales pour les générations à venir.