107e Congrès des maires : un bilan marqué par les défis
Au 107e Congrès des maires, les élus de toute la France se sont réunis cette semaine à Paris, à quatre mois des élections municipales de 2026. Ces retrouvailles ont pris des airs de bilan: « Un mandat sans précédent, six années d’épreuves et de combats. Il a commencé dans le confinement, il se termine dans la confusion », a illustré André Laignel, maire PS d’Issoudun et premier vice-président délégué de l’AMF (Association des maires de France), rapporte TopTribune.
« Le mandat est mal parti »
« C’était l’un de mes mandats les plus compliqués », confie Louis Biscarrat, maire de Jonquières depuis 1989. « Ça a commencé par le Covid, avec un premier tour de scrutin organisé en mars, puis on nous dit »stop, le second tour sera en juin ». Après, ce sont des mois de flottement, tout se faisait par visio, c’était pas top… », ajoute cet élu centriste d’une commune de 5 500 habitants dans le Vaucluse. L’épidémie a ainsi été la première épreuve. « Le mandat est mal parti, ça a été un départ tendu. Il a fallu tout repousser. Ça nous a empêchés de mettre les nouveaux élus dans le bain, mais heureusement, le Covid a aussi révélé la solidarité sur nos territoires », déclare Patrick Salinié, maire de Saint-André-Allas depuis 2014, en Dordogne. « Très rapidement, nous nous sommes organisés pour faire face à la pandémie », poursuit-il, évoquant des actes de solidarité pour la fabrication de masques.
Marie-Cécile Gessant, maire de Sautron, témoigne aussi des défis rencontrés : « La crise Covid nous a bloqués d’entrée. Je me souviens avoir circulé pour distribuer des masques au personnel médical et aux personnes âgées. Ça a été le système D, mais cela a fonctionné ». Elle conclut en indiquant que cette période fut la plus difficile de ses trois mandats.
« Ils ont mis le feu à l’hôtel de ville »
Les maires présents au Congrès soulignent également les difficultés économiques récentes, dont la diminution des dotations de l’État et les contraintes budgétaires. « Nous avons parfois été obligés de renoncer à des projets d’innovation ou de les freiner. Et derrière, il faut faire face au chagrin municipal de nos administrés : »mais vous nous aviez promis de faire ceci ou cela, monsieur le maire ! » », témoigne Patrick Salinié.
« Le plus difficile dans ce mandat, c’est la manière dont on nous a coupé les subventions, l’augmentation des charges, tout cela s’ajoute à celle des coûts de l’énergie et à l’inflation », ajoute Christophe Rouillon, maire PS de Coulaines. Il précise : « C’est un mandat difficile, il fallait du courage, mais on est là pour faire face. On est à portée d’engueulades. Tant qu’il n’y a pas de violence… ». Toutefois, plusieurs élus ont signalé des situations violentes, notamment lors des émeutes de l’été 2023, consécutives à la mort de Nahel lors d’un contrôle policier. « Dans la commune, nous avons eu 48 heures de violences avec des tirs de feux d’artifice et des voitures brûlées. Trois jeunes ont mis le feu à l’Hôtel de ville avec des mortiers », explique un maire socialiste.
« On est en première ligne »
Jean-François Chorain, maire centre-droit de Marlhe, a également été confronté à des menaces. « J’ai été enfermé dans mon bureau pour un différent immobilier avec un commerçant. Il me menaçait: »tu sais pas ce que j’ai dans ma poche ». Finalement, les gendarmes sont arrivés », relate-t-il. « Face aux baisses des dotations, aux violences, on fait ce qu’on peut. Oui, l’époque est compliquée, et nous les maires, nous sommes en première ligne », souligne-t-il.
Marie-Cécile Gessant évoque également la pression psychologique sur les élus : « Il y a des gens qui m’insultent, des diffamations. Et quand il y a un problème, c’est tout de suite »on va voir le maire ». Il faut être très solide ». Christophe Rouillon nuance qu’« on n’a pas manqué d’ennuis, mais cela a renforcé notre esprit de résistance et notre capacité d’adaptation », tandis que Jean-Mario Lorenzi, maire de Sospel, se plaint des défis éprouvants rencontrés : « C’est plus difficile d’être maire aujourd’hui ».
Les élus présents n’attendaient pas grand-chose de la prise de parole de Sébastien Lecornu pour clôturer le Congrès. Louis Biscarrat a ironisé : « Ah oui, je vais aller écouter la messe… ». Il ajoute : « De toute façon, le mandat à venir sera encore plus compliqué. Tant que l’État n’aura pas réglé ses problèmes, ce sera compliqué pour les communes. Il faut une forme mentale et physique olympique pour être maire », conclut-il, soulignant que malgré la fatigue des six dernières années, 58 % des maires comptent se représenter aux municipales de mars prochain, selon une enquête du Cevipof pour l’Association des maires de France.