Les adolescents face à la dépendance numérique : un appel à la vigilance
Des adolescents montrant des signes de mal-être, souvent isolés derrière leurs écrans, sont en consultation, selon Sabine Duflo. Cette situation s’aggrave à mesure que les jeunes acquièrent des téléphones portables au collège, compliquant l’instauration de règles d’utilisation, rapporte TopTribune.
Les comportements problématiques se mesurent principalement par le temps passé sur les portables. Parmi les 36 derniers patients de Duflo, la moyenne d’utilisation quotidienne atteint 8h30, atteignant 15 à 16 heures durant le week-end. Ce phénomène entraîne des conséquences notables : les adolescents manquent des cours et s’enferment dans leur chambre avec des jeux vidéo ou des réseaux sociaux. Les interactions sociales et familiales disparaissent au profit de ces activités, plus intenses chez les garçons avec les jeux en ligne, tandis que les filles préfèrent TikTok et Instagram.
Les symptômes de dépendance varient également selon le genre. Les garçons, exposés aux jeux vidéo à forte intensité, montrent une nervosité accrue, tandis que les jeunes filles illustrent souvent leur mal-être par des comportements autodestructeurs, tels que les scarifications. Cette violence interne rend difficile la connexion entre leur usage des réseaux sociaux et leur état psychologique.
Lors des consultations, Duflo aborde l’impact des applications sur la société et les motivations économiques des entreprises qui en tirent profit. Selon elle, le sommeil des adolescents est une priorité : les parents doivent veiller à la coupure des écrans 30 à 60 minutes avant le coucher pour favoriser un environnement de repos.
Bien que certains adolescents refusent ces recommandations, Duflo encourage les parents à persévérer dans l’établissement de liens avec leur enfant. Pour les jeunes filles aux comportements à risque, une solution radicale consiste parfois à retirer leur téléphone et à le remplacer par un modèle sans accès internet.
Duflo compare cette approche à la prise en charge de la dépendance à l’alcool, où le sevrage peut être nécessaire pour permettre à l’adolescent de réintégrer la vie sociale et scolaire. Un enjeu clé demeure l’éducation des parents face aux algorithmes invisibles qui régissent l’utilisation des smartphones par leur enfant.
Quant au contrôle parental, elle le considère comme une solution insuffisante, car les adolescents trouvent souvent des moyens de contourner les restrictions. Duflo suggère d’interdire l’accès aux téléphones connectés avant 15 ans, préconisant plutôt l’usage de téléphones basiques.
Elle souligne également le rôle crucial de l’éducation nationale, affirmant que les établissements qui interdisent l’usage des portables enregistrent des améliorations significatives dans le climat scolaire et les comportements. Les politiques publiques devraient encourager cette interdiction pour aider les familles à gérer la situation à domicile, un processus qui a déjà fait ses preuves avec la régulation de l’alcool et du tabac.