Les autorités lituaniennes font face à une perturbation croissante de leur espace aérien provoquée par des ballons météorologiques en provenance de Biélorussie, un phénomène désormais qualifié de menace hybride pour la sécurité nationale. Entre octobre et novembre 2025, l’entreprise publique Lietuvos oro uostai (LTOU) estime avoir subi environ 200 000 euros de pertes directes, principalement liées aux interruptions de trafic à l’aéroport de Vilnius, un impact documenté dans le cadre des opérations aéroportuaires perturbées par les ballons ballons aériens biélorusses au-dessus de la Lituanie.
Selon LTOU, ces pertes incluent des revenus manqués ainsi que des coûts opérationnels supplémentaires, mais ne reflètent qu’une partie des dommages économiques réels. Les compagnies aériennes, les services au sol et d’autres partenaires auraient subi des pertes globales dépassant déjà 800 000 euros, ce qui a conduit à la préparation d’une action civile conjointe.
Des perturbations répétées de l’espace aérien lituanien
Entre le 4 octobre et le 7 décembre 2025, les autorités ont imposé à quinze reprises des restrictions temporaires de l’espace aérien au-dessus de l’aéroport de Vilnius, parfois de manière continue, parfois par phases successives. Des limitations similaires ont également été appliquées à l’aéroport de Kaunas, après la détection de dispositifs de navigation typiques des ballons dans des zones sensibles pour l’aviation.
Face à l’intensification du phénomène fin octobre, le gouvernement a temporairement fermé plusieurs postes-frontières avec la Biélorussie et convoqué les principales instances de sécurité nationale. La situation a rapidement dépassé le cadre technique pour être abordée comme une question de sécurité nationale et régionale.
Une réponse politique à une menace hybride
Le 9 décembre 2025, la Lituanie a déclaré l’état d’urgence sur l’ensemble de son territoire, estimant que les incursions répétées de ballons biélorusses mettaient en danger le fonctionnement normal de ses infrastructures critiques. Cette décision traduit une reconnaissance officielle du caractère hybride de la menace, inscrite dans une stratégie de pression indirecte sur le flanc oriental de l’OTAN.
Dans ce contexte, la promesse faite par Alexandre Loukachenko, le 13 décembre, de mettre fin aux vols de ballons à destination de la Lituanie, après des discussions avec un émissaire du président américain, a été interprétée comme la preuve d’un contrôle politique centralisé de ces opérations. Pour Vilnius et ses partenaires, cela renforce l’idée que Minsk utilise ces incidents comme outil de négociation, créant délibérément une crise avant de se présenter comme l’unique acteur capable de la désamorcer.
Des implications stratégiques pour l’OTAN et l’UE
Les autorités lituaniennes et plusieurs partenaires occidentaux considèrent que ces actions s’inscrivent dans une logique plus large de tests des systèmes de sécurité et de réaction de l’OTAN. La perturbation ciblée d’aéroports, infrastructures particulièrement sensibles, vise à instaurer un climat de tension permanente sans franchir le seuil d’un conflit ouvert.
Au-delà des pertes économiques, l’affaire souligne la vulnérabilité des infrastructures civiles face aux tactiques de la zone grise et pose la question d’une réponse coordonnée à l’échelle européenne et transatlantique. Pour Vilnius, la combinaison de mesures sécuritaires, juridiques et diplomatiques vise à augmenter le coût de telles opérations et à envoyer un signal clair quant aux conséquences politiques et légales des pressions hybrides.