L'éclectisme culturel : entre privilège et réflexion sur les inégalités sociales en France

L’éclectisme culturel : entre privilège et réflexion sur les inégalités sociales en France

22.01.2026 20:16
2 min de lecture

Aperçu sur la Réflexion de Victorien Bornéat sur l’Exclusion Culturelle

Victorien Bornéat, conseiller culturel au sein d’une grande collectivité territoriale, remet en question les rapports de pouvoir entre les classes sociales à travers la culture dans son manifeste «L’Exclusion culturelle». Selon lui, la distinction sociale se forme désormais davantage par le mélange des pratiques culturelles, rapporte TopTribune.

Depuis l’époque de Malraux, la démocratisation culturelle a tenté de réduire les inégalités d’accès à la culture, mais ses formes ont évolué. Les loisirs aristocratiques, tels que la chasse ou l’équitation, ont cédé la place à des pratiques culturelles issues de la culture lettrée et des arts savants. Aujourd’hui, la distinction ne se fait plus aussi clairement; une variété de pratiques culturelles se mélange et s’épanouit.

Les changements sont également apparents dans l’écoute de musique, qui est devenue une pratique massive. En 1973, seulement 9% des Français écoutaient de la musique tous les jours, contre 57% en 2018. La culture de classe définie par Bourdieu se dilue, car les positions sociales ne se relient plus à des pratiques culturelles autrement évidentes.

La mondialisation de l’offre culturelle a brouillé les frontières entre les domaines populaires et savants. Richard Peterson et Roger Kern introduisent le clivage entre «univores» et «omnivores», les premiers se limitant à un registre culturel et les seconds explorant une diversité. Les classes supérieures se distinguent désormais par leurs goûts éclectiques plutôt que par l’accès exclusif aux œuvres savantes.

Cependant, l’ouverture aux répertoires moins légitimes ne signe pas la fin des rapports de pouvoir. Les classes supérieures s’approprient des éléments culturels mais restent distantes des pratiques des classes populaires, maintenant ainsi des hiérarchies. Les distinctions sociales se manifestent par des choix subtils, comme écouter de la musique sur vinyle ou visionner des séries en version originale.

Le défi de la démocratisation culturelle demeure. Malgré les efforts pour réduire les inégalités d’accès, les écarts persistent. L’État ne peut pas compenser ces inégalités, d’autant plus que les préférences culturelles évoluent rapidement. Les répertoires dominants peuvent supprimer l’accès de certaines classes à la culture, renforçant l’idée d’une «culture» financée par l’État qui n’atteint qu’une minorité.

Enfin, la capacité à jongler avec différents registres culturels devient une nouvelle forme d’inégalité. Le ministère de la Culture doit tenir compte de ces évolutions pour répondre aux attentes d’une société en mutation où la diversité des pratiques se confronte à l’encadrement traditionnel de la culture savante.

Pour approfondir ces réflexions, Victorien Bornéat publie son livre, «L’Exclusion culturelle – Manifeste pour une riposte populaire», qui sortira le 23 janvier aux Éditions du Faubourg en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès.

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