
Entre juillet et octobre 2026, les commandes de leasing social pour les véhicules électriques se chiffrent à 39 000, bien en deçà des 50 000 envisagées. Depuis son lancement le 16 juillet, la troisième phase du programme affiche un ralentissement notable. Ce phénomène survient pourtant en parallèle d’un marché automobile électrique en pleine expansion, où 41 % des ventes de voitures neuves sont désormais électriques. Dès lors, pourquoi un tel ralentissement ? La réponse se trouve dans un chiffre clé : le montant de l’aide gouvernementale a été réduit de 13 000 euros à 6 500 euros par véhicule, entraînant une hausse des mensualités pour les ménages à revenus modestes, rapporte TopTribune.
Le leasing social : un programme entravé par la baisse de l’aide
La diminution de l’aide publique constitue le principal obstacle à l’efficacité du dispositif. Lors des vagues précédentes en 2024 et 2025, l’État offrait un financement de 13 000 euros par véhicule, permettant aux fabricants de proposer des loyers mensuels inférieurs à 200 euros sur une durée de trois ans, avec un kilométrage de 15 000 kilomètres inclus. Cependant, pour la troisième phase, cette aide a été réduite à 6 500 euros, selon les statistiques fournies par le ministère de l’Économie. En conséquence, les constructeurs se voient contraints d’augmenter les mensualités ou de restreindre leur offre, ce qui rend les options moins favorables pour les bénéficiaires potentiels.
Avec des mensualités désormais plus élevées, les plus modestes doivent revoir leur budget. Un loyer qui passe de 100 à 150 ou 180 euros par mois change la donne concernant l’accessibilité du dispositif. Pour une personne qui doit impérativement disposer d’un véhicule, une augmentation de 50 euros mensuels représente une charge supplémentaire de 600 euros par an, soit l’équivalent d’une semaine de salaire. Le programme gouvernemental devient donc un élément de choix plutôt qu’une option incontournable.
39 000 commandes seulement, au lieu des 50 000 projetées
Les chiffres sont éloquents. En 2024, la première phase avait donné lieu à 50 000 ventes en seulement six semaines. En revanche, la troisième phase a nécessité seize semaines pour atteindre 39 000 commandes, soit un rythme trois à quatre fois plus lent. Fin juillet, deux semaines après le lancement, 19 500 véhicules avaient été réservés. Début septembre, le seuil des 30 000 avait été franchi, mais la croissance a ensuite considérablement ralenti. Stellantis revendique 25 000 commandes parmi ce total de 39 000 et assure que ses modèles comme les Citroën e-C3 et e-C3 Aircross sont toujours disponibles. À l’inverse, Renault a temporairement suspendu la distribution de ses modèles Twingo, R5 et R4, prétextant avoir atteint ses limites de production.
41 % des ventes électriques en France : un marché en plein essor qui néglige le leasing social
Dans un paradoxe assez saisissant, le secteur des voitures électriques connaît une croissance fulgurante. D’après Ecoreseau, 41 % des voitures neuves vendues en France en 2026 sont électriques. Bertrand-Olivier Ducreux, ingénieur Mobilités à l’Ademe, souligne que « la dette écologique engendrée lors de la fabrication est rapidement compensée. Au total, et en incluant les émissions liées à l’installation des bornes de recharge, une petite citadine en circulation en France génère un impact carbone deux à trois fois inférieur à celui d’une voiture thermique ». Cet argument écologique séduit de nombreux acheteurs, qui préfèrent se tourner vers des options classiques plutôt que vers un leasing social devenu moins attrayant.
Pour Renault et Stellantis, le choix devient de plus en plus clair. Avec une demande commerciale jamais vue et des marges bénéficiaires plus importantes en vente directe, pourquoi allouer des stocks limités au leasing social, qui offre des retours financiers moindres ? Renault évoque un « arrêt temporaire dû à l’épuisement de ses capacités de production », mais la réalité sur le terrain est évidente : les usines fonctionnent à plein régime, et chaque véhicule se vend à un prix supérieur sur le marché libre. Stellantis maintient son objectif avec 25 000 commandes, mais l’offre se réduit. Seuls cinq modèles restent disponibles dans le cadre du programme, en diminution par rapport à l’offre initiale. Les entreprises choisissent naturellement les canaux les plus rentables, reléguant le leasing social au rang d’option secondaire plutôt qu’à celui d’une stratégie prioritaire.
