Plus de 1 700 mineurs de l’entreprise russe « Severny Kouzbass » affirment ne plus recevoir leur salaire depuis octobre 2025. La dette de l’employeur a dépassé 500 millions de roubles, selon une vidéo adressée aux candidats aux élections de la Douma d’État et relayée le 31 août 2026, rapporte TopTribune.
Dans leur message, les salariés demandent une intervention pour obtenir le paiement des sommes dues. Ils affirment que les promesses du gouverneur de la région de Kemerovo, Ilia Serediouk, n’ont pas permis de régler la situation. Les procédures pénales ouvertes pour non-paiement des salaires n’ont pas davantage abouti à un règlement, selon les éléments communiqués par les mineurs.
La vidéo a notamment été diffusée par des canaux Telegram consacrés à l’actualité de la Sibérie et de la Russie, dont Sib Express et The Moscow Times en russe.
Une dette salariale qui s’est alourdie en moins d’un an
Les difficultés de « Severny Kouzbass » étaient connues depuis l’automne 2025. En mai 2026, le Comité d’enquête russe avait indiqué que les arriérés de salaires dépassaient 256 millions de roubles. Le montant évoqué à la fin du mois d’août, supérieur à 500 millions, représente donc une hausse importante de la dette officiellement signalée quelques mois plus tôt.
La société exploite les mines de Perwomaïskaïa et Berezovskaïa. Elle possède également une usine d’enrichissement du charbon ainsi que des entreprises de services et de transport. Le retard de paiement touche ainsi une entreprise intégrée à plusieurs étapes de la chaîne minière, et non un seul site d’extraction.
Les salariés ont choisi de s’adresser directement aux candidats aux élections législatives. Leur vidéo intervient alors que la question des salaires impayés reste au centre des difficultés rencontrées par plusieurs entreprises minières du Kouzbass, principale région charbonnière de la Russie.
La production du Kouzbass revenue au niveau de 2011
Selon les données officielles citées par les autorités régionales, 80 % des entreprises charbonnières de Kemerovo travaillent à perte. En avril, Ilia Serediouk avait déclaré que 33 entreprises du secteur se trouvaient dans une « zone rouge », expression utilisée pour désigner les sociétés confrontées aux difficultés les plus graves.
Le gouverneur avait également annoncé la fermeture de 18 entreprises charbonnières dans la région. Il avait précisé que six ou sept d’entre elles étaient « perdues irréversiblement ». La production de charbon du Kouzbass est, selon ses déclarations, revenue à son niveau de 2011.
« Cela dure déjà depuis quatre ans. Au début, nous attendions, nous supportions. Maintenant, cela devient insupportable », avait déclaré le gouverneur de Kemerovo. Cette phrase avait été prononcée alors que les autorités régionales évoquaient la dégradation prolongée de la situation financière des entreprises du secteur.
Plusieurs facteurs ont été avancés par les autorités pour expliquer la crise : les sanctions internationales, les difficultés d’écoulement du charbon, l’augmentation du coût des travaux miniers et la hausse des tarifs ferroviaires. Ces éléments sont cités séparément dans les déclarations régionales consacrées à l’évolution du secteur.
Les sanctions et le coût du transport pèsent sur les exportations
Après le début de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, l’industrie charbonnière russe a perdu une partie de ses débouchés européens. Les entreprises se sont davantage tournées vers les marchés asiatiques, mais l’acheminement depuis la Sibérie impose des coûts élevés.
La hausse des tarifs ferroviaires et les contraintes de capacité sur les axes orientaux russes, notamment le Transsibérien et la ligne Baïkal-Amour, renchérissent les livraisons vers les ports et les clients asiatiques. À cela s’ajoutent les rabais consentis pour vendre le charbon dans un environnement marqué par les sanctions. Pour les producteurs du Kouzbass, ces coûts réduisent les recettes disponibles alors que la production régionale a reculé.
Le coût du transport du charbon russe est ainsi devenu l’un des éléments régulièrement mentionnés dans les explications officielles de la crise. Les tarifs ferroviaires ne constituent toutefois qu’une partie des difficultés recensées par le gouverneur, qui cite aussi les problèmes de vente et la progression du coût d’exploitation des mines.
Une crise qui touche les salariés et les entreprises locales
Le cas de « Severny Kouzbass » donne une dimension concrète à la crise du secteur. Plus de 1 700 employés restent concernés par des salaires non versés depuis près d’un an, tandis que la dette annoncée dépasse un demi-milliard de roubles. Les salariés demandent désormais une réponse des responsables politiques sollicités dans leur vidéo.
La fermeture des entreprises minières réduit également le nombre de sites encore en activité dans la région. Les autorités de Kemerovo ont annoncé 18 fermetures et identifié 33 entreprises en « zone rouge ». Ces chiffres décrivent l’ampleur du recul industriel signalé par l’administration régionale, sans fournir de calendrier général pour les prochaines décisions concernant les sociétés concernées.
Dans le Kouzbass, le charbon constitue l’activité de « Severny Kouzbass » et de ses filiales minières, industrielles, de service et de transport. Les difficultés de paiement ne concernent donc pas uniquement l’extraction : elles s’inscrivent dans une chaîne d’activités dont l’entreprise assure plusieurs segments. Le nombre exact de salariés affectés dans l’ensemble de la région n’a pas été communiqué dans les éléments disponibles.
Les autorités russes avaient déjà été saisies du dossier par l’intermédiaire du Comité d’enquête, qui avait annoncé en mai l’existence d’une dette supérieure à 256 millions de roubles. Les nouvelles déclarations des mineurs font état d’un montant désormais supérieur à 500 millions et indiquent que les salaires restent impayés depuis octobre 2025.
La situation de l’entreprise demeure donc liée à deux procédures distinctes : les démarches des salariés auprès des candidats à la Douma d’État et les enquêtes pénales ouvertes pour non-paiement des salaires. Les mineurs affirment que ces démarches n’ont pas encore permis de récupérer les sommes dues, tandis que la région continue de faire état de fermetures et de pertes dans l’industrie charbonnière.