Imran Khan : Échos d’une détention controversée
En septembre, Imran Khan, l’ancien Premier ministre du Pakistan, incarcéré depuis plus de deux ans, a adressé une lettre au président de la Cour suprême du Pakistan, décrivant sa détention dans une « cage » de 9 par 11 pieds. Dans cette lettre, Khan évoque son isolement prolongé et l’interdiction d’accès à des livres et journaux, un appel désespéré à la justice, souligne ses espoirs déclinants de libération juridique, rapporte TopTribune.
Khan, agé de 72 ans, purge une peine de 14 ans de prison dans le cadre de plusieurs affaires judiciaires complexes qu’il qualifie de fabrication politique. Des millions de ses partisans et membres de son parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaaf (PTI), estiment que les accusations dont il fait l’objet sont infondées. Récemment, un tribunal à Lahore a rejeté sa demande de regroupement des affaires en cours contre lui.
Après une décennie de lutte politique, Khan s’est allié à l’armée dans les années 2010 avant de devenir Premier ministre en 2018. Cependant, sa relation s’est détériorée et il a été destitué par un vote de défiance parlementaire en avril 2022. Dans la foulée, il a accusé l’armée et les États-Unis d’avoir orchestré son éviction, entraînant des manifestations massives.
Après une brève arrestation en mai 2023, ses partisans ont attaqué des installations militaires à Rawalpindi, avec Khan accusé d’avoir incité à ces violences. Suite à ces événements, la répression de son parti s’est intensifiée, de nombreux dirigeants ayant été arrêtés ou contraints de fuir, réduisant ainsi la capacité du PTI à s’opposer.
Un climat de terreur s’est installé. Amnesty International signale des cas de disparitions forcées de membres de familles de dirigeants du PTI. En juillet, plus d’une centaine de membres du parti ont été interpellés, laissant le PTI sans pouvoir de rue.
Les procès de Khan se déroulent dans un tribunal de fortune installé dans la prison d’Adiala, une mesure controversée jugée nécessaire pour prévenir toute visibilité de son transfert en cour. Les juges se sont référés à un précédent colonial pour justifier cette démarche.
Khan fait face à près de 200 accusations depuis son départ du pouvoir. Parmi les accusations figurent le vol de cadeaux d’État, des saisies de terrain, et l’instigation d’attaques violentes. Récemment, un cas de bijoux Bulgari, estimé à environ 500 000 dollars, a tenu le devant de la scène, illustrant les conflits d’intérêts potentiels impliquant l’ancien Premier ministre et son épouse.
Bien que des acquittements aient été prononcés dans certaines affaires, les poursuites judiciaires continuent de peser lourdement sur son avenir. La situation actuelle semble faire écho à l’histoire politique du Pakistan, où les anciens premiers ministres finissent souvent dans des situations juridiques désastreuses et parfois dans l’oubli.
Khan n’est pas le premier ancien dirigeant à faire face à une tempête légale. Son cas met en lumière la dynamique de pouvoir sur terre et la dislocation des institutions juridiques du Pakistan, laissant présager que sa libération passera par des moyens extrajudiciaires et un éventuel accord avec l’establishment militaire.