Le changement climatique exacerbe les captures accidentelles de dauphins sur la côte atlantique

Le changement climatique exacerbe les captures accidentelles de dauphins sur la côte atlantique

06.01.2026 12:27
3 min de lecture

Une augmentation préoccupante des captures accidentelles de dauphins sur le littoral atlantique depuis 2016 est liée à une « réaction en chaîne dans l’écosystème marin », dont le réchauffement climatique serait un facteur clé. Un rapport scientifique du projet Delmoges (Delphinus Mouvements Gestion), publié ce mardi, éclaire les causes et mécanismes de ce phénomène, rapporte TopTribune.

Le projet Delmoges, lancé en 2022 et piloté par La Rochelle Université en collaboration avec le CNRS, l’Ifremer, l’Université de Bretagne Occidentale (UBO) et le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM), a mis en évidence des inquiétantes tendances dans la pêche. Suite à un ordre du Conseil d’État en mars 2023, le gouvernement a été contraint de fermer temporairement la pêche dans le Golfe de Gascogne pendant quatre semaines chaque hiver pour protéger le dauphin commun, le grand dauphin et le marsouin commun. Cette mesure sera reconduite du 22 janvier au 20 février 2025.

Un réchauffement des eaux de surface de +0,8 °C

Les résultats du projet Delmoges suggèrent qu’une combinaison de facteurs a contribué à l’augmentation des captures accidentelles. L’Ifremer note que les effets du changement climatique dans le Golfe de Gascogne sont cruciaux. Les recherches jusqu’ici ont révélé un réchauffement des eaux de surface de +0,8 °C au sud du golfe au cours des vingt dernières années, entraînant une série de répercussions dans les chaînes alimentaires de l’écosystème, telles que la diminution de la production de phytoplancton et la réduction de la taille des zooplanctons, impactant ainsi les petits poissons pélagiques comme les sardines et les anchois.

Cette cascade d’effets écologiques semble rapprocher le dauphin commun des côtes, notamment en hiver, à la recherche de proies concentrées. Les dauphins se trouvent donc dans des zones où la pression de la pêche est la plus forte, ce qui pourrait expliquer l’augmentation récente des captures de ces mammifères marins.

Une tendance inquiétante a également été observée : depuis 2017, une montée des espèces côtières secondaires, telles que le sprat et les lançons, a été notée. Les analyses des estomacs des dauphins échoués ont montré que celles-ci contenaient principalement des sardines et des anchois, alors que les espèces visées par les pêcheurs, comme le merlu et la sole, étaient absentes, ce qui écarte l’idée que les dauphins étaient attrapés en se nourrissant de poissons déjà capturés.

Les mâles et les jeunes individus sont les « plus sensibles aux captures »

La pression de la pêche ne semble pas avoir augmenté de manière significative en termes de nombre de navires ou de jours passés en mer. Néanmoins, les méthodes de pêche ont un impact direct sur les captures accidentelles. Depuis 2015, une transition vers des trajectoires linéaires pour la pêche ciblant le merlu et une réduction des méthodes traditionnelles de pêche à la sole ont été observées. Ces changements stratégiques pourraient être une des causes des variations du risque de capture au cours des dernières années.

Les dauphins communs et les marsouins sont particulièrement vulnérables, les mâles et les jeunes individus étant les plus touchés. Les données révèlent que les plus petits dauphins sont davantage capturés sur la côte nord de la France au printemps, tandis que les mâles se retrouvent plus souvent sur la côte sud. Les grands dauphins sont plus à risque lors de prises au chalut pélagique que dans les filets maillants, et des dispositifs acoustiques ayant pour objet de les éloigner pourraient paradoxalement accroître les captures des spécimens plus grands.

Aucune des mesures à court terme ne semble pleinement satisfaisante

Le risque de capture dépend en grande partie du « chevauchement spatial entre les dauphins, leurs proies et les engins de pêche », et les caractéristiques de ces engins ainsi que les techniques des pêcheurs jouent un rôle essentiel. Certaines zones côtières ont été identifiées comme particulièrement vulnérables durant l’hiver.

Le rapport Delmoges conclut qu’il n’existe ni cause unique, ni solution simple au problème des captures accidentelles de dauphins dans le Golfe de Gascogne. Les fermetures temporaires de pêche pour 2024 et 2025 ont montré leur efficacité pour réduire ces captures, mais elles ont également causé des impacts significatifs sur les acteurs économiques du secteur. À ce jour, aucune mesure à court terme n’est jugée entièrement satisfaisante par les scientifiques. Toutefois, des propositions telles que des fermetures de zones de pêche ciblées, basées sur les cycles biologiques des espèces ciblées, ainsi que des ajustements de quotas et des aides spécifiques ont été suggérées pour atténuer ce problème croissant.

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