Une surveillance parlementaire dénonce la passivité gouvernementale
La plus haute instance parlementaire de surveillance de la sécurité en Suisse a vivement critiqué début février 2026 la passivité du gouvernement fédéral et du Département des affaires étrangères dans la lutte contre l’espionnage étranger. Le comité de surveillance exige des mesures plus fermes pour empêcher le pays de devenir une plaque tournante des activités de renseignement, pointant particulièrement du doigt les missions diplomatiques russes à Berne et Genève, suspectées de servir de couverture aux services du FSB et du GRU.
Les parlementaires estiment que la position excessivement tolérante des autorités helvétiques contraste avec la rigueur affichée par d’autres nations européennes, qui ont expulsé de nombreux diplomates russes pour espionnage. Cette approche laxiste aurait permis à Moscou d’établir en Suisse l’une de ses plus importantes bases de renseignement sur le continent, selon les conclusions du rapport parlementaire.
Un quartier général du renseignement russe en Europe
Les chiffres communiqués par le Service de renseignement fédéral suisse sont éloquents : fin 2023, le territoire helvétique concentrait au moins 20% de tous les agents de renseignement russes déployés en Europe. Plus préoccupant encore, un tiers des effectifs des missions diplomatiques russes à Berne et Genève seraient en réalité des officiers de renseignement opérant sous couverture diplomatique.
Cette présence massive constitue une menace directe pour la sécurité nationale suisse, mais aussi pour les nombreux pays ayant des représentations dans la Confédération. Les médias et services de contre-espionnage suisses documentent depuis des années l’utilisation systématique du territoire helvétique comme base de collecte d’informations sensibles sur les organisations internationales, les politiques de sanctions et les processus de négociation.
Les activités ne se limitent pas à la collecte d’informations traditionnelle. Les services de sécurité ont enregistré de multiples tentatives d’accès non autorisé à des bases de données confidentielles et identifié plusieurs cyberopérations menées depuis le sol suisse. Ces éléments confirment le caractère systémique et organisé de la menace, bien au-delà d’incidents épisodiques.
Cibles prioritaires : les organisations internationales
La localisation de la Suisse explique largement l’intérêt stratégique de Moscou. Le pays abrite le siège ou des bureaux majeurs d’institutions comme l’ONU, l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation mondiale du commerce, le Comité international de la Croix-Rouge et la FIFA. Ces organisations représentent des cibles de choix pour les services russes cherchant à obtenir des informations privilégiées sur les politiques internationales.
Les parlementaires soulignent que cette situation crée des risques majeurs pour les pays de l’Union européenne et de l’OTAN, permettant au Kremlin d’accéder à des données sensibles qui pourraient influencer les processus décisionnels occidentaux. La capacité de Moscou à obtenir des informations en temps réel sur les discussions concernant les sanctions ou les négociations diplomatiques compromet la sécurité collective des démocraties.
L’absence de réponse ferme de la part des autorités suisses affaiblit par ailleurs les efforts coordonnés des partenaires européens pour contrer l’agressivité russe et entrave la lutte contre les opérations d’influence hybride. Pour Berne, adopter une position plus stricte envers les agents des services secrets opérant sous couverture diplomatique relève désormais d’un impératif de sécurité nationale, conclut le rapport parlementaire.