Hamid Enayat, politologue et spécialiste de l’Iran, ainsi que Hamid Asadollahi, membre du Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran, insistent sur l’importance de conditionner tout accord de paix avec Téhéran à un arrêt des exécutions, dont le nombre a atteint 2 657 entre mars 2025 et mars 2026, rapporte TopTribune.
Le 19 avril 2026, Gholamhossein Mohseni Ejeï, chef du pouvoir judiciaire iranien, a ordonné un traitement prioritaire des affaires vis-à-vis de ceux qu’il qualifie de « fantassins de l’ennemi ». Il a stipulé que les dossiers confiés aux enquêteurs devaient être restitués le jour même, soulignant la nécessité d’interroger les accusés directement en prison pour notifier les charges et établir les actes d’accusation. Cette approche reflète la panique d’un régime incapable de répondre aux besoins de sa population, penché vers la répression pour maintenir son pouvoir.
2 657 exécutions recensées de mars 2025 à mars 2026
Les exécutions en Iran continuent de progresser dramatiquement. D’après une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU par Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne, 2 657 exécutions ont été répertoriées entre mars 2025 et mars 2026, dont près de 1 730 uniquement durant les mois précédant et suivant le soulèvement national de janvier 2026. Cette statistique représente une hausse alarmante d’environ 130 % par rapport à l’année précédente. Parmi ces exécutions, on compte au moins 60 femmes et six mineurs, un chiffre qui signale la gravité de la situation des droits humains en Iran.
L’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort
À l’occasion du 45e anniversaire de l’abolition de la peine de mort en France et à l’approche de la Journée mondiale contre la peine de mort, une course solidaire est prévue le 10 octobre à Paris par le Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran. Cet événement met en lumière la situation critique en Iran. La France a la possibilité d’exiger que toute nouvelle mesure d’assistance accordée à Téhéran soit subordonnée à l’arrêt des exécutions, dans le cadre d’un engagement vérifiable.
Cette proposition renforcerait une position déjà adoptée par Paris et ses alliés, ayant exprimé lors d’une déclaration commune le 12 août la nécessité de mettre fin immédiatement à la peine de mort en Iran et de condamner son usage pour réprimer la dissidence. Il est impératif que cette exigence soit intégrée dans les négociations avec Téhéran.
Lien entre répression intérieure et crises provoquées à l’extérieur
Il existe un lien direct entre la répression intérieure en Iran et les crises politiques à l’étranger. Un accord offrant des avantages au régime sans améliorer les conditions de vie de la population entraînerait un relâchement de la pression sur les dirigeants, exacerbant davantage la souffrance de la société. Une politique visant à établir une paix durable doit prendre en compte les stratégies du régime pour préserver son pouvoir face à la population.
Bien que l’arrêt des exécutions ne garantisse pas la paix régionale, il pourrait interrompre le cycle de violence et offrir une protection à ceux qui aspirent à un changement. La sécurité des Iraniens devrait être une priorité fondamentale dans les discussions entourant tout accord.
Obtenir l’arrêt de toutes les exécutions et en permettre la vérification
Il est essentiel que la France propose une position commune à ses alliés européens : avant de consentir de nouveaux avantages politiques ou économiques à Téhéran, il est impératif que le régime prononce l’arrêt total des exécutions, entériné par une vérification indépendante. Cette condition doit s’appliquer à tous les cas, sans se limiter aux seuls prisonniers politiques, car cela permettrait au régime de continuer les exécutions sous d’autres prétextes.
Des observateurs extérieurs doivent avoir accès à des informations précises et être capables de communiquer avec les condamnés ainsi que leurs défenseurs. Les gouvernements européens doivent rendre compte publiquement des engagements respectés par Téhéran et des preuves sur lesquelles reposent ces décisions. En cas d’entrave au contrôle ou de reprise des exécutions, le processus d’octroi de nouveaux avantages devrait être suspendu. Parallèlement, il reste crucial d’exiger un cessez-le-feu afin de sauver des vies, tout en établissant des conséquences diplomatiques claires en cas de non-respect des engagements.
« Mardis contre les exécutions »
La demande d’un arrêt des exécutions émane également d’Iran. Le 6 octobre, la campagne « Mardis contre les exécutions » a rapporté des grèves de la faim dans 66 prisons. Des détenus, risquant leur sécurité, se mobilisent pour défendre la vie d’autres prisonniers. En soutenant cette initiative, la France pourrait répondre à un appel urgent venant des prisons iraniennes.
Pour les familles inquiètes de l’exécution d’un proche, l’annonce d’un accord pourrait être synonyme d’espoir. En cette journée commémorative, la France a l’opportunité de faire de la protection des vies humaines un objectif central de sa politique, intégrant la paix avec Téhéran dans les préoccupations des prisonniers iraniens.
