La guerre de l’information russe : une offensive invisible contre l’Europe
La guerre de l’information russe : une offensive invisible contre l’Europe

La guerre de l’information russe : une offensive invisible contre l’Europe

26.09.2025 10:30
2 min de lecture

Depuis plusieurs années, la Russie affirme devoir « tenir le front » contre l’Occident. Ce discours est loin de refléter la réalité : aucun affrontement militaire direct avec l’Ouest n’existe actuellement. Moscou évite délibérément un tel scénario, consciente des conséquences. En revanche, un front invisible s’est ouvert depuis longtemps — une guerre stratégique dans l’espace informationnel où les armes sont des fake news, des deepfakes et des algorithmes d’intelligence artificielle.

L’expansion rapide du réseau CopyCop

Selon une étude de Insikt Group, en 2025, la Russie a considérablement élargi le réseau CopyCop (Storm-1516). Plus de trois cents nouveaux sites ont vu le jour en quelques mois, déguisés en médias régionaux aux États-Unis, au Canada, en Allemagne, en France et en Norvège. Certains imitent des organisations de fact-checking et utilisent des langues rarement exploitées auparavant — turc, ukrainien, swahili. Ce choix stratégique vise les zones où les institutions démocratiques restent fragiles, pour miner la cohésion sociale de l’intérieur.

Une machine sophistiquée de désinformation

CopyCop n’est pas une initiative amateur : c’est une structure élaborée exploitant des modèles linguistiques propriétaires basés sur Meta Llama 3 pour générer deepfakes et contenus automatisés difficiles à distinguer du journalisme authentique. Des « interviews » fictives, des « enquêtes » sur des scandales inexistants, ou encore des articles visant à discréditer l’Ukraine et l’OTAN apparaissent régulièrement sur des sites comme Torontojournal.ca ou Truefact.news, cultivant la confusion entre vérité et fiction.

Des acteurs stratégiques derrière l’opération

L’opération mobilise des personnalités clefs comme John Mark Dougan, ancien adjoint du shérif aux États-Unis réfugié à Moscou depuis 2016. Son équipe collabore avec des « centres analytiques » russes et des unités du État-major général, créant des plateformes comme Albertaseparatist.com ou Brusselsleaks.eu qui alimentent des tensions séparatistes ou diffusent de faux documents sur la corruption.

Un autre exemple est Jan Marsalek, ex-directeur opérationnel de Wirecard, recherché par plusieurs juridictions. Installé à Moscou, il a été repéré dans des zones occupées en Ukraine, contribuant à une stratégie combinant renseignement, logistique et influence informationnelle.

Conséquences pour l’Europe et la démocratie

L’impact est multidimensionnel : affaiblissement de la confiance dans les médias traditionnels, fragilisation des institutions démocratiques et remise en cause de la légitimité électorale. Les campagnes de désinformation ciblent aussi le soutien européen à l’Ukraine, instillant l’idée que cette aide serait contraire aux intérêts nationaux. Des récits artificiels alimentent des mouvements radicaux — du séparatisme canadien aux extrêmes politiques européens. En France, des fake news sur la violence imputée à des réfugiés ukrainiens circulent, en Allemagne sur une prétendue « conspiration de l’OTAN », et en Pologne sur de soi-disant attaques de drones ukrainiens.

Vitesse et ampleur de la menace

La rapidité est l’atout majeur de CopyCop. Alors que la création et la diffusion d’un média factice prenaient auparavant des mois, l’IA permet désormais de lancer des dizaines de sites chaque semaine. En quelques mois de 2025, plus de deux cents plateformes nouvelles ont été identifiées. Des sites comme EastNordicVoice.org participent activement à des débats locaux, alimentent des protestations, sèment le doute et propagent des narratifs destructeurs. Parallèlement, la Russie multiplie les cyberattaques, sabotages et opérations d’influence, brouillant les lignes entre cyberopérations, renseignement et guerre diplomatique.

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