La gratuité des transports publics : une dépense publique dont l’efficacité est mise en question.

La gratuité des transports publics : une dépense publique dont l’efficacité est mise en question.

16.09.2025 12:44
3 min de lecture

Le 15 septembre 2025, la Cour des comptes a publié un rapport évaluant la part des usagers dans le financement des transports collectifs urbains. Les magistrats financiers s’interrogent sur les impacts économiques et budgétaires de la gratuité des transports en commun. Leur analyse révèle un constat sans ambages : cette initiative augmente les coûts pour l’État sans engendrer d’effets proportionnels en termes de changement de mode de transport, d’équité sociale ou d’efficacité opérationnelle, rapporte TopTribune.

Un financement déjà sous pression

En 2019, les recettes tarifaires représentaient 41 % des coûts de fonctionnement des transports públicos. En Île-de-France, ce chiffre montait à 45 %, tandis qu’en province, il chutait à 33 % et à seulement 18 % dans les petites agglomérations de moins de 100 000 habitants. La suppression de cette contribution accentue donc une vulnérabilité déjà forte vis-à-vis des taxes locales et du versement mobilité, une taxe imposée aux entreprises ayant plus de 11 salariés.

Le coût moyen d’un trajet en transport collectif s’élève à 3,55 €, dont l’usager ne supporte réellement qu’environ 0,76 € grâce aux subventions des employeurs. La gratuité transforme ainsi une charge partagée en une dépense totalement assumée par l’État. La Cour signale que le versement mobilité, déjà augmenté en 2024, ne peut pas offrir une ressource infinie, remettant en question la viabilité budgétaire à moyen terme. Cette dépendance accrue vis-à-vis de la fiscalité est d’autant plus préoccupante alors que les collectivités doivent faire face à la hausse des coûts d’énergie et d’exploitation, ce qui accroît la pression exercée sur leurs finances.

Des exemples locaux significatifs

À Montpellier, l’instauration de la gratuité totale des transports en commun en 2023 entraîne des dépenses annuelles avoisinant 30 millions d’euros. À Dunkerque, pionnière en la matière depuis 2018, le coût est proche de 15 millions d’euros par an. À Niort, plus petite, la perte de recettes tarifaires s’élève à environ 2,5 millions d’euros. Dans chacun de ces cas, les collectivités doivent compenser cette perte par des impôts ou des taxes sur les entreprises. Pour certaines métropoles, le fardeau budgétaire lié à la gratuité équivaut à plusieurs points de fiscalité locale, une situation difficile à justifier dans un contexte de stagnation économique.

Cependant, la Cour des comptes met en évidence des résultats plutôt décevants. À Dunkerque, bien que la fréquentation des transports en commun ait augmenté de 60 %, les automobilistes ne restent pas majoritairement en dehors de leurs véhicules. À Montpellier, la majorité des trajets supplémentaires provient d’usagers déjà engagés dans le système. À Niort, la croissance se limite à 10 %, sans impact significatif sur la circulation des voitures.

Une efficacité économique mise en question

La Cour financière considère que la gratuité des transports en commun représente un usage discutable des fonds publics. D’une part, elle ne cible pas spécifiquement les foyers à faibles revenus, profitant à l’ensemble de la population, y compris aux ménages les plus aisés. D’autre part, elle réoriente des ressources qui pourraient être consacrées à l’amélioration du réseau : augmentation de la fréquence des bus, modernisation des tramways, transition énergétique des flottes.

Chaque euro destiné à la gratuité est un euro qui n’est pas investit dans l’efficacité du service. La Cour rappelle que la qualité de l’offre – rapidité, confort, régularité – est le véritable levier de changement de mode de transport. Bien que la gratuité soit attrayante sur le plan politique, elle risque en réalité de restreindre les options financières des collectivités.

Un débat budgétaire et stratégique

Pour la Cour des comptes, la question dépasse la simple question des tarifs. Elle questionne l’allocation optimale des dépenses publiques dans un contexte où les finances locales sont contraintes et où les besoins en infrastructures de transport durable sont croissants. La viabilité de ces politiques dépendra de la capacité des élus à faire des choix entre des bénéfices à court terme et des investissements à long terme.

La gratuité des transports en commun semble donc davantage un choix politique qu’un choix économique rationnel, dont l’efficacité nécessite encore d’être prouvée. Sur le plan des finances publiques locales, il est crucial de rester vigilant, ou autrement, l’amélioration structurelle de la mobilité pourrait être sacrifiée au profit d’une mesure symbolique mais à faible rendement.

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