La CPAM intensifie la lutte contre les abus d’arrêts maladie
La Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) a lancé ce lundi 1er septembre une campagne de contrôles ciblant plusieurs centaines de médecins généralistes soupçonnés de délivrer un nombre excessif d’arrêts maladie, rapporte TopTribune.
Le message de l’Assurance Maladie est clair : « Un arrêt de travail, ça ne se ‘prend’ pas, ça se prescrit. » Cette initiative intervient dans un contexte préoccupant, marqué par une augmentation des indemnités versées pour arrêts maladie qui a grimpé de 65 % en 14 ans, atteignant 9,8 milliards d’euros en 2023, contre 5,9 milliards d’euros en 2010. Ce phénomène a conduit le gouvernement à solliciter un rapport sur la nécessité d’un « redressement durable de la Sécurité sociale. »
Les experts, mobilisés par Matignon, soulignent que cette montée en flèche des arrêts maladie est également liée à l’augmentation du nombre de travailleurs éligibles aux indemnités journalières. Les longues interruptions de travail, bien qu’elles ne représentent que 7 % des arrêts, expliquent 45 % des dépenses publiques associées.
Des mesures controversées pour réduire les prescriptions
Dans ce contexte, la CPAM a décidé de cibler environ 500 médecins généralistes, qui devront diminuer leurs prescriptions d’arrêts maladie de 20 à 30 %. La non-conformité à cet objectif pourrait entraîner des amendes pour les facultés ciblées. Patrick Martin, président du Medef, a déjà exprimé ses préoccupations, qualifiant cette situation de « dérive » due à la « prodigalité » de certains praticiens.
Cependant, cette campagne suscite de vives critiques parmi les médecins. La présidente du syndicat des médecins libéraux, Sophie Bauer, qualifie cette initiative d’ »aberration. » Elle insiste sur le fait que les médecins ne délivrent pas les arrêts maladie « par plaisir ou complaisance » et souligne la difficulté de prévoir le nombre de jours d’arrêts requis annuellement.
Elle s’inquiète également des possibles conséquences de cette politique sur la santé des patients, en particulier ceux souffrant de syndromes dépressifs, qui pourraient être contraints de retourner au travail prématurément.
Le syndicat déplore en outre que, malgré des accords passés avec l’Assurance Maladie pour mettre en place un service d’assistance pour les médecins confrontés à des situations compliquées, tel que le dispositif « SOS-IJ », cette ressource n’a jamais été opérationnelle. « Force est de constater que ce dispositif, pourtant prévu, n’a jamais été mis en place, » déplore Bauer.
Malgré ces critiques, la CPAM prévoit déjà une nouvelle campagne de contrôle des arrêts maladie en janvier prochain. Les initiatives précédentes ont permis à l’organisme d’économiser 160 millions d’euros au cours des deux dernières années, soulignant l’urgence et la rigueur de sa politique de contrôle.