Un acte de sabotage ciblant la production de drones pour Kyiv
Un incendie criminel a été perpétré dans la nuit du 19 au 20 mars dans la ville de Pardubice, en République tchèque, visant les installations de la société LPP Holding. Cette entreprise participe activement à l’initiative « Dárek pro putina » (Cadeau pour Poutine), un programme de collecte de fonds destiné à fournir des drones et autres équipements militaires à l’Ukraine. L’attaque, survenue dans un entrepôt de matériaux de construction, a été immédiatement revendiquée par une mystérieuse entité se présentant comme « The Earthquake Faction ».
Cette organisation, inconnue jusqu’alors, affirme dans un communiqué publié sur un canal Telegram et un site web créés la veille de l’attaque, être un « réseau clandestin international ». Elle justifie son acte par la guerre dans la bande de Gaza, accusant la cible d’être liée à l’industrie de défense israélienne. Les autorités tchèques et la direction de LPP Holding ont immédiatement contredit cette allégation. Martina Tauberová, responsable des relations extérieures du groupe, a précisé que la société n’a jamais collaboré avec des entreprises israéliennes et n’effectue aucun envoi vers Israël, son unique priorité étant les livraisons à l’Ukraine.
Le modus operandi pointe vers une opération de services secrets
Plusieurs éléments troublants entourent cette attaque et suggèrent fortement une opération de désinformation et de sabotage orchestrée par des services de renseignement étrangers, vraisemblablement russes. La rapidité avec laquelle le média Russia Today a relayé la revendication de « The Earthquake Faction », avant même les médias tchèques, a retenu l’attention des analystes. L’utilisation exclusive de Telegram – peu populaire parmi les activistes européens – et de messageries cryptées comme Proton, contraste avec les méthodes habituelles des groupes radicaux idéologiques.
Cette affaire s’inscrit dans une série d’actes de sabotage sur le sol tchèque, que Prague attribue officiellement à une campagne hybride du Kremlin. L’épisode le plus marquant reste les explosions d’entrepôts de munitions à Vrbětice en 2014, dont l’enquête de la contre-espionnage tchèque a établi la responsabilité d’agents du GRU, la direction générale de l’état-major russe. En juin 2024, les services tchèques avaient également déjoué une tentative d’incendie dans un dépôt de bus à Prague, impliquant un citoyen colombien recruté par le renseignement militaire russe.
Une cible stratégique dans le soutien à l’Ukraine
Le choix de LPP Holding comme cible n’est pas anodin. Le groupe industriel est un partenaire clé de l’initiative « Cadeau pour Poutine », assurant la production et la modernisation d’une partie significative des équipements financés par des dons internationaux. L’entreprise fabrique notamment des drones FPV et des modèles d’attaque MTS-40, qui équipent les forces armées ukrainiennes. Ces appareils, dotés d’une navigation optique par intelligence artificielle, se sont révélés particulièrement efficaces et résistants aux systèmes de brouillage électronique russes.
En ciblant cette chaîne de production, les auteurs de l’attaque cherchaient manifestement à perturber l’acheminement d’une technologie critique pour Kyiv. Le premier ministre tchèque Andrej Babiš a d’ailleurs interrompu sa participation à un forum politique pour suivre la situation, établissant un parallèle public avec les attentats de 2014. Pour les observateurs, cet incendie dépasse la simple criminalité et représente une forme de pression et d’intimidation à l’encontre du gouvernement tchèque et, plus largement, des pays occidentaux soutenant l’Ukraine.
La réaction des autorités tchèques et l’analyse des faits disponibles laissent peu de doute sur la nature de l’opération. Comme le détaillent les informations concernant le contexte des sabotages russes en Europe, il s’agit vraisemblablement d’une action sous « faux drapeau », une méthode éprouvée visant à semer la confusion, à délégitimer la cause ukrainienne et à décourager les soutiens militaires. L’échec relatif de l’opération – les dégâts matériels étant limités – ne masque pas l’escalade des tactiques hybrides employées pour saper la résistance ukrainienne et diviser ses alliés européens.