En Pologne, le projet de PiS met à l’épreuve l’idée même d’une Union européenne commune
En Pologne, le projet de PiS met à l’épreuve l’idée même d’une Union européenne commune

En Pologne, le projet de PiS met à l’épreuve l’idée même d’une Union européenne commune

06.11.2026 13:30
5 min de lecture

Le parti polonais Droit et Justice (PiS) défend un projet qui ne vise pas seulement à réduire les compétences de Bruxelles, mais à transformer l’architecture politique de l’Union européenne. La Commission européenne serait supprimée, le rôle de la Cour de justice de l’Union européenne limité et l’élection directe du Parlement européen abandonnée.

Présentée comme une stratégie de long terme autour de Jaroslaw Kaczynski, cette orientation rapprocherait le PiS de certaines propositions de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et du Rassemblement national français de Marine Le Pen. Sa mise en œuvre reste hypothétique et nécessiterait des changements juridiques majeurs. Mais elle dessine un conflit de fond : l’Union doit-elle rester une communauté régie par des institutions communes, ou redevenir une association de gouvernements nationaux largement maîtres de leurs décisions ?

Une analyse publiée le 5 novembre 2026 par décrit les grandes lignes de cette convergence entre forces eurosceptiques. Elle ne démontre pas l’existence d’une campagne formellement unifiée entre le PiS, l’AfD et le Rassemblement national. Elle met en évidence des propositions institutionnelles qui vont dans une direction comparable : réduire la capacité des organes européens à décider, interpréter et faire respecter des règles communes.

Supprimer les organes qui donnent une force contraignante aux règles

La Commission européenne occupe une place centrale dans le fonctionnement de l’Union. Elle propose les textes législatifs, surveille l’application du droit européen et peut engager des procédures contre les États membres qui ne respectent pas leurs obligations. Sa suppression ne constituerait donc pas une simple réorganisation administrative. Elle retirerait à l’Union l’un de ses principaux instruments d’initiative et de contrôle.

Le projet prévoit également de restreindre les pouvoirs de la Cour de justice de l’Union européenne. Celle-ci assure une interprétation commune du droit européen et tranche les différends entre les États, les institutions et les acteurs concernés. En réduisant son autorité, le plan donnerait davantage de latitude aux gouvernements nationaux pour contester des décisions européennes ou appliquer les règles selon leur propre lecture.

La fin de l’élection directe du Parlement européen compléterait ce déplacement de pouvoir. Les citoyens ne désigneraient plus directement leurs représentants dans cette institution, qui perdrait ainsi son mandat électoral actuel. À cela s’ajouterait une révision de la plupart des normes européennes, y compris celles qui encadrent le marché unique, les standards communs et la coopération entre États.

Ces mesures, prises ensemble, modifieraient l’équilibre entre les capitales nationales et les institutions supranationales. L’Union pourrait continuer d’exister juridiquement, mais elle disposerait de moyens beaucoup plus faibles pour adopter des règles communes, en garantir l’interprétation et en contrôler le respect. Le centre de gravité de la décision reviendrait aux gouvernements nationaux.

La proximité avec l’AfD et le Rassemblement national concerne d’abord cette remise en cause de la supranationalité. Elle ne signifie pas que les trois formations partagent les mêmes priorités économiques, sociales ou sécuritaires. Leur convergence est plus limitée, mais elle touche à une question essentielle : quelle autorité les institutions européennes doivent-elles conserver face aux États membres ?

Le facteur polonais

En Pologne, la portée du projet est liée à l’évolution du rapport de forces institutionnel. L’élection de Karol Nawrocki à la présidence, présenté dans les informations disponibles comme un protégé politique de Jaroslaw Kaczynski, a renforcé l’influence du PiS sur la politique de l’État et élargi l’espace dont dispose le parti pour défendre une ligne eurosceptique.

La présidence ne donne pas automatiquement au PiS le contrôle de l’ensemble du système politique polonais. Elle lui offre toutefois une tribune importante pour peser sur le débat public, contester l’action du gouvernement et s’opposer aux demandes venues de Bruxelles. Dans ce contexte, un conflit sur la primauté du droit européen pourrait devenir un volet d’une confrontation institutionnelle plus large en Pologne.

Le point le plus sensible concerne les mécanismes de protection de l’État de droit. Les institutions européennes peuvent examiner les violations des règles communes, faire contrôler des mesures nationales par la justice et exercer une pression politique ou financière lorsqu’un gouvernement affaiblit les standards démocratiques. Une Commission moins puissante et une Cour dont les compétences seraient réduites auraient moins de moyens pour agir.

Pour la Pologne, cela pourrait créer davantage de marge pour des gouvernements souhaitant remettre en cause l’indépendance de la justice, les contre-pouvoirs constitutionnels ou d’autres garanties démocratiques. Les différends avec Bruxelles risqueraient aussi de devenir plus difficiles à régler : si l’organe chargé d’interpréter le droit commun perdait son autorité, chaque désaccord pourrait se transformer en affrontement entre gouvernements.

Une stratégie étalée sur trois ou quatre ans

Le projet décrit par l’analyse ne repose pas sur une modification juridique immédiate. Sa logique est politique. Les forces eurosceptiques chercheraient à renforcer leur présence dans les gouvernements nationaux au cours des trois ou quatre prochaines années. Depuis ces positions, elles pourraient réclamer une révision des traités, bloquer des décisions communes ou compliquer le fonctionnement des institutions existantes.

Il ne serait pas nécessaire que tous les États adoptent simultanément le même programme. Un nombre suffisant de gouvernements pourrait ralentir les décisions, résister aux procédures de contrôle et empêcher des réformes destinées à renforcer l’intégration. L’autorité de l’Union s’éroderait alors progressivement, sans qu’une décision formelle de dissolution soit prise.

Ce scénario reste une hypothèse politique, et non un résultat acquis. La suppression de la Commission, la limitation du rôle de la Cour de justice ou la fin des élections européennes exigeraient des transformations juridiques et un accord entre des États aux intérêts divergents. Les gouvernements et les partis concernés devraient en outre surmonter leurs désaccords sur l’économie, la sécurité et les relations extérieures.

Le risque ne tient donc pas nécessairement à une rupture spectaculaire. Il peut aussi résider dans une accumulation de blocages : des règles moins bien appliquées, des décisions communes plus difficiles à prendre et des conflits de compétence plus fréquents. Une telle évolution affaiblirait la capacité de l’Union à agir collectivement dans les domaines économique, sécuritaire ou diplomatique.

Pour la Pologne, le calcul comporte une contradiction. La contestation de la supervision européenne pourrait offrir au PiS un avantage politique intérieur et davantage de latitude face à ses adversaires. Mais l’affaiblissement des institutions communes pourrait aussi réduire l’influence de Varsovie dans les décisions européennes, prolonger les conflits avec ses partenaires et accroître l’incertitude économique si les règles du marché unique devenaient moins prévisibles.

La question décisive est ainsi moins celle d’une réforme particulière que celle de la nature future de l’Union. Les gouvernements européens peuvent-ils contenir la poussée de ces projets dans le cadre existant, ou devront-ils bientôt choisir entre une Union fondée sur des règles opposables et une organisation où les institutions communes ne disposeraient plus que d’un pouvoir limité sur ses membres ?

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