Le président Emmanuel Macron entame, mardi 17 février 2026, une visite officielle de trois jours à Bombay puis New Delhi. Il s’agit de son quatrième déplacement en Inde depuis 2018, qui sera ponctué par une série d’événements aux côtés du Premier ministre indien, Narendra Modi, rapporte TopTribune.
Cette visite présidentielle vise à afficher la bonne santé du partenariat franco-indien face au grand désordre mondial, marqué par les tensions créées par Donald Trump, rappelle l’Elysée à l’AFP.
Le commerce bilatéral avec l’Inde se chiffre aujourd’hui à 15 milliards d’euros. Mais on a un potentiel encore inexploité, ces échanges peuvent se renforcer.
Pour la France comme pour l’Inde, l’objectif est de garantir l’autonomie stratégique de leurs pays respectifs, ainsi que de l’Europe, vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine. New Delhi fait face à une pression américaine pour mettre un terme à ses importations de pétrole russe, accentuant ainsi l’importance d’alternatives.
« L’Inde vient de subir un tel camouflet de la part des Américains que toutes les puissances capables de lui offrir des alternatives sont les bienvenues », déclare Christophe Jaffrelot, expert au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po à Paris.
La France cherche également à diversifier son commerce vers l’Inde, le pays le plus peuplé du monde et en voie de devenir la quatrième économie mondiale, dans des secteurs allant de la santé à l’intelligence artificielle (IA). « Il y a un besoin de diversification important pour les entreprises françaises qui étaient très exposées sur la Chine et les États-Unis », souligne l’Elysée.
Une centaine de chefs d’entreprises feront partie de la délégation, incluant des PDG d’EDF, Schneider Electric, CMA-CGM, Safran, Dassault et Naval Group, ainsi que des dirigeants de startups spécialisées dans l’intelligence artificielle telles que Owkin et H.
« Le contrat du siècle »
Emmanuel Macron rejoindra le chancelier allemand Friedrich Merz ainsi que le duo exécutif de l’Union européenne (UE), Antonio Costa et Ursula von der Leyen, ayant récemment signé « l’accord de libre-échange de tous les accords » avec l’Inde, alors que les tensions protectionnistes américaines persistent.
« Et puis 114 Rafale, 30 milliards d’euros, c’est le contrat du siècle ! Une forme d’apothéose » après les précédentes ventes de 36 Rafale à l’armée de l’Air et 26 à la Marine indiennes depuis 2016, souligne Christophe Jaffrelot.
Le ministère indien de la Défense a donné son accord jeudi pour l’acquisition, ce qui représente un jalon très important vers un contrat historique, selon la présidence française, optimiste quant aux négociations à venir avec le constructeur Dassault.
Les deux dirigeants procéderont à l’inauguration, à distance depuis Bombay, d’une chaîne d’assemblage d’hélicoptères Airbus H125 construite à Bengalore, affirmant ainsi leur volonté de solidifier la relation bilatérale.
« Une bonne alchimie » surprenante
Emmanuel Macron et Narendra Modi ouvriront jeudi d’un sommet de l’IA à New Delhi, succédant à celui de Paris en février 2025. Ils auront également l’occasion de porter le multilatéralisme à la tête respectivement du G7 et du groupe des Brics, en pleine incertitude face aux critiques de Donald Trump.
Les deux dirigeants cultivent acutellement leur relation personnelle. Emmanuel Macron a convié Narendra Modi au défilé militaire du 14 juillet 2023, tandis que le Premier ministre indien a réservé un accueil privilégié au président français pour la fête nationale du Republic Day.
« Il y a apparemment une bonne alchimie, une bonne équation personnelle. C’est très mystérieux, car on ne peut pas trouver personnage moins intellectuel que Modi face à un président qui se considère comme un ancien protégé du philosophe Paul Ricœur », commente Christophe Jaffrelot.
Cependant, une grosse pomme de discorde demeure : l’Ukraine, que l’Inde n’a jamais condamnée lors de l’invasion par la Russie en 2022. « Mais si les Indiens arrêtent d’acheter du pétrole russe, on ne leur en voudra pas de s’abstenir à l’ONU », conclut le chercheur.
Source : AFP.