Des surfeurs bretons censurent leur documentaire face à une campagne de harcèlement

Des surfeurs bretons censurent leur documentaire face à une campagne de harcèlement

28.11.2025 06:26
3 min de lecture

Une campagne de harcèlement visant les surfeurs de Lost in the swell

Les surfeurs de Lost in the swell, connus pour la qualité de leurs films et leur respect des spots, ont été victimes d’une intense campagne de harcèlement ayant conduit à la censure de leur dernier documentaire. Intitulé « Slows, Les lents de la mer… », le film, publié récemment sur YouTube, a été amputé d’une grande partie des séquences montrant des vagues jugées secrètes dans des endroits isolés de l’Atlantique nord. Ewen Le Goff, l’un des réalisateurs, a déclaré : « On a inventé le concept de film de surf sans surf », tout en exprimant sa fierté pour le résultat, malgré la controverse qu’ils ont subie, rapporte TopTribune.

Suite à la diffusion du teaser du film, des surfeurs habitués à ces spots ont tenté de faire pression sur l’équipe de tournage et leurs familles pour qu’ils retirent les séquences de « leurs vagues ». « On recevait tous les jours des messages sur nos réseaux sociaux, par WhatsApp. Ils avaient chopé nos numéros, ils mettaient la pression sur nos sponsors, sur nos amis. Ils menaçaient de venir perturber les avant-premières. C’était permanent », raconte Le Goff.

Pour comprendre cette campagne de dénigrement, il est essentiel de revenir sur l’essence même de Lost in the swell, un projet né en Bretagne par Ewen Le Goff, Ronan Gladu et Aurélien Jacob, qui depuis quinze ans sillonnent le globe à la recherche de « la vague parfaite ». Face à la réalité du réchauffement climatique, ils ont décidé de réduire leur recours à l’avion et d’explorer des moyens de voyage plus respectueux de l’environnement.

Des spots filmés, mais gardés secrets

Leur approche se caractérise par la volonté de montrer des spots méconnus tout en préservant leur localisation. Selon Le Goff, « le surf, c’est un peu comme les champignons, tu ne donnes pas tes coins comme ça. Mais nous faisons attention. Ronan, qui filme, prend des précautions afin que les lieux restent anonymes. Nous ne mentionnons pas la destination, nous ne donnons pas d’indices, nous faisons des plans serrés pour ne rien montrer. »

Dans leur quête de « la vague parfaite », les trois amis se sont dirigés vers une destination secrète de l’Atlantique nord en plein hiver, cherchant les meilleures conditions. Briefés par la navigatrice Samantha Davies, qui revenait d’un Vendée Globe, ils avaient loué un petit voilier pour naviguer depuis la Bretagne vers ces plages cachées. « On avait fait du repérage sur les cartes. On savait faire maintenant, mais pas quand ce serait au rendez-vous, nous voulions prendre notre temps, à l’opposé de notre société qui veut tout tout de suite », explique Le Goff.

Un voyage couronné de succès malgré les difficultés

À leur arrivée sur place, les Bretons ont ressenti une immense joie. Bien qu’ils aient fait face à des difficultés en mer et eu froid, la récompense a été à la hauteur de leurs efforts. « On a découvert des spots incroyables, tous très différents. Il n’y avait personne à l’eau. Là-bas, Ronan a pris la plus longue gauche de sa vie. Et avec Aurélien, on s’est éclatés, on a scoré. Depuis notre voyage en Patagonie, ce sont les plus belles vagues que nous ayons jamais vues », explique Le Goff.

Cependant, ces sessions mémorables, qui devaient initialement figurer dans le film, ont dû être coupées sous la pression de surfeurs professionnels et de locaux influents. « On a enlevé vingt minutes de surf. Heureusement, les gens apprécient malgré tout le film, car ils découvrent notre aventure et nos épreuves. Pendant les avant-premières, nous n’avons rien caché de ce qui nous était arrivé », résume Le Goff, soulignant également que ce fut un crève-cœur de devoir supprimer des séquences.

Cette expérience a laissé les surfeurs de Lost in the swell réfléchir à l’avenir de leur projet. Engagés dans une démarche respectueuse de l’environnement, ils se posent des questions sur leur capacité à préserver le mystère autour des spots qu’ils explorent. « Aujourd’hui, avec une bonne IA, tu peux toujours retrouver où c’est. Et ça, on n’y peut rien », conclut Le Goff, face à la menace croissante sur la confidentialité des lieux de surf.

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