Les distributeurs de carburant en France s’opposent fermement au gouvernement, qui envisage des mesures pour limiter leurs marges en raison de la flambée des prix. Ces professionnels dénoncent ce qu’ils considèrent comme une injuste accusation, mettant en avant les raffineurs comme véritables responsables de l’augmentation des tarifs, rapporte TopTribune.
Les distributeurs dénoncent la hausse des prix du carburant
Alors que le prix de l’essence SP95-E10 atteint presque 2 euros le litre et que celui du gazole dépasse les 2,30 euros, une véritable guerre de communication s’est installée entre le gouvernement et les distributeurs. Cette flambée des prix, qui a coïncidé avec l’intensification des conflits au Moyen-Orient depuis février 2026, a placé les acteurs de la distribution sous le radar des autorités. En réponse, ces derniers s’érigent en défenseurs de leur secteur, rejetant toute responsabilité dans cette situation.
Les causes géopolitiques de la hausse des prix
L’accélération des prix à la pompe est le résultat d’un accroissement du coût du pétrole brut, qui est directement lié aux troubles géopolitiques en cours. Le gazole se vend actuellement à un prix moyen de 2,2977 euros le litre, tandis que l’essence SP95-E10, qui a franchi le seuil psychologique de 2 euros le 1er avril, est désormais fixée à 1,9939 euro le litre selon les statistiques officielles.
La raison principale de cette flambée tarifaire est la forte dépendance de la France vis-à-vis des importations de produits raffinés, notamment pour le gazole. Le système fiscal français, avec des taxes représentant près de 59% du prix à la pompe, amplifie les conséquences de ces fluctuations internationales sur le prix du carburant au consommateur. Cette série de problématiques a été récemment mise en lumière par le responsable de l’AIE, mettant ainsi en avant la vulnérabilité du marché face aux crises.
Les mesures gouvernementales en réponse à la crise
En réaction à la frustration croissante des conducteurs, le gouvernement a proposé un projet de décret pour limiter les marges des distributeurs. Présenté au Conseil national de la consommation le 13 avril, ce projet vise à plafonner les marges au niveau constaté en janvier et février 2026, avant l’augmentation des tensions géopolitiques.
Roland Lescure, ministre de l’Économie, a précisé que, bien que ce décret soit à l’étude, aucune décision définitive n’a encore été prise, maintenant ainsi une pression sur les distributeurs. Bercy a également demandé à la Commission européenne d’enquêter sur les marges des raffineries européennes afin de s’assurer qu’il n’y a pas d’abus en période de crise.
Les distributeurs se défendent
Les distributeurs, pour leur part, n’ont pas tardé à réagir. Dominique Schelcher, dirigeant de Coopérative U, a vivement contesté ce projet, le qualifiant de moyen de désigner des boucs émissaires. Il a affirmé que leur activité ne leur permettait pas des marges suffisantes, celles-ci s’élevant à peine à quelques centimes par litre. Il est soutenu par Thierry Cotillard, des Mousquetaires Intermarché, qui qualifie ces mesures de déséquilibrées et fragiles sur le plan légal.
Ces acteurs lancent des chiffres pour soutenir leur argumentation : les marges brutes des distributeurs ne dépassent pas 24,6 centimes pour le SP95 et 22,3 centimes pour le gazole, des chiffres qui ne tiennent pas compte des coûts de transport, de personnel et d’entretien. Selon Francis Pousse, président de Mobilians, les marges nettes réelles oscillent entre 4 et 8 centimes seulement.
Pointage du doigt sur les raffineurs
Pour détourner l’attention des critiques, les distributeurs accusent directement les raffineurs. Dominique Schelcher mentionne spécifiquement Total, faisant état de bénéfices colossaux réalisés par l’entreprise dans le mois de mars. Il appelle les raffineurs à pratiquer des ventes à des prix plus bas, pour permettre une tarification plus raisonnable pour les consommateurs.
Cette position reçoit un certain soutien, car Olivier Gantois, président de l’Union française des industries pétrolières, admet que les marges de raffinage ont effectivement augmenté, tout en relevant les pertes souvent subies par ces mêmes raffineries.
Des alternatives proposées par le secteur
Face à l’initiative du gouvernement, les distributeurs proposent d’autres solutions, telles que la suspension temporaire de la collecte des Certificats d’économies d’énergie (CEE). Selon leurs estimations, cette mesure pourrait réduire le prix du carburant de 15 à 20 centimes par litre. Cependant, Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Énergie, a rejeté cette proposition, insistant sur l’importance de la transition énergétique pour faire face aux crises futures.
La complexité du marché français du carburant
Cette situation met en lumière les fragilités structurelles du marché français du carburant. Avec un secteur très fragmenté, allant des grandes surfaces aux stations-essence indépendantes, l’adoption d’une régulation uniforme se révèle complexe. Selon Marine Champon, experte dans ce domaine, même en l’absence de marges, le bénéfice pour les consommateurs serait limité.
La crise actuelle souligne aussi la vulnérabilité énergétique de la France. Contrairement à d’autres pays producteurs, la France est largement affectée par les fluctuations des prix internationaux et par le niveau de raffinage en Europe, ce qui restreint considérablement ses options. Alors que les tensions au Moyen-Orient persistent, cette confrontation entre les acteurs du marché et le gouvernement éclaire les défis à relever pour équilibrer les impératifs économiques et les enjeux énergétiques de demain.