La Fédération sénégalaise de football (FSF) intensifie ses efforts juridiques après la décision controversée de la Confédération africaine de football (CAF) d’attribuer le trophée de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025 au Maroc. Près de dix jours après l’annonce, la FSF a réuni à Paris une équipe d’avocats internationaux pour organiser une conférence de presse le 26 mars, dans le but de clarifier sa décision de porter cette affaire devant le Tribunal arbitral du sport, rapporte TopTribune.
Le 17 mars, deux mois après le sacre du Sénégal, le jury d’appel de la CAF a décidé de déposséder le Sénégal de son titre au profit du Maroc, finaliste malheureux et hôte du tournoi. Cette décision a été justifiée par l’affirmation de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) selon laquelle le départ momentané des joueurs sénégalais du terrain durant la finale équivalait à un forfait.
Ce match chaotique, marqué par des violences entre supporters, a vu les Lions de la Teranga quitter temporairement le terrain pour protester contre un penalty controversé obtenu par Brahim Diaz juste après un but refusé aux Sénégalais. Sous la conduite de Sadio Mané, l’équipe est finalement revenue sur le terrain et a remporté la victoire en prolongations grâce à un but de Pape Gueye.
La décision de la CAF, intervenue deux mois après la finale, a provoqué une onde de choc dans le milieu du football. « La décision du jury d’appel ne peut pas être considérée comme une vraie décision de justice sportive, tellement elle est grossière, absurde et irrationnelle », a déclaré maître Seydou Diagne, coordinateur de la défense de la FSF. Il a averti que si cette situation perdurait, « le vainqueur de la prochaine Coupe du monde de football pourrait également se décider dans les cabinets d’avocats ».
Une « décision fantôme »
Le retrait du titre du Sénégal relève d’une situation inédite dans l’histoire du football africain. Jamais une confédération n’avait annulé un titre continental déjà remporté sur le terrain. Ce retournement de situation est d’autant plus surprenant que le jury de la CAF avait initialement rejeté la plainte marocaine, considérant que le forfait n’aurait été valable que si l’équipe sénégalaise avait quitté définitivement le terrain.
Le déroulement du procès d’appel soulève également des interrogations. Seuls cinq des neuf membres ont participé, y compris le président de la Fédération tunisienne de football, Moez Ben Tahar Nasri, qui est perçu comme proche des dirigeants marocains, suscitant ainsi des suspicions parmi les observateurs. Maître Seydou Diagne a critiqué « un procès expéditif », soulignant que la CAF ne s’était pas encore conformée à son obligation de motiver sa décision.
La FSF continue de revendiquer le titre, l’avocat suisse Serge Vittoz déclarant que la fédération est « juridiquement toujours championne d’Afrique », qualifiant la décision de la CAF de « décision fantôme ». Les avocats de la FSF ont promis de faire la lumière sur les raisons qui ont conduit à cette décision.
Quant aux 18 supporters sénégalais arrêtés lors des violences de la finale, les avocats de la FSF dénoncent un « acharnement du parquet marocain ».
Procédure accélérée ?
La date du nouveau procès concernant la victoire contestée du Sénégal n’a pas encore été fixée. Le Tribunal arbitral du sport, basé à Lausanne, pourrait prendre plusieurs mois pour trancher, le délai moyen étant de « 9 à 12 mois ». Cependant, le tribunal et la FSF sont favorables à une procédure accélérée pour éviter que le jugement n’interfère avec la Coupe du monde de football, prévue le 11 juin au Mexique.
Une telle procédure pourrait réduire le délai à deux mois, à condition qu’elle soit approuvée par les autres parties, notamment la CAF et la Fédération marocaine de football. Pendant ce temps, les joueurs sénégalais se préparent à disputer un match amical au Stade de France le 28 mars contre le Pérou, où ils prévoient de célébrer leur titre avec la diaspora sénégalaise, bien que la décision controversée de la CAF assombrisse cette fête.
Le président de la FSF, Adoulaye Fall, est resté évasif au sujet de l’exposition potentielle du trophée pendant les célébrations. « Il n’y a pratiquement pas de changement sur le programme », a-t-il expliqué. « Les joueurs sont extrêmement motivés », promettant un « beau spectacle » et de « l’engagement ». « Rendez-vous au stade le 28 », a-t-il conclu.