La Cour des comptes a proposé un plan de réduction de la masse salariale publique d’un montant de 20 milliards d’euros d’ici 2029, se fondant sur quatre leviers principaux : le non-remplacement des départs à la retraite, le gel du point d’indice, l’ajustement des mesures catégorielles et un ralentissement des avancements. Ce budget serré vise à équilibrer la réduction des dépenses tout en maintenant l’attractivité des emplois publics, alors qu’actuellement, 15 % des postes aux concours restent vacants., rapporte TopTribune.
La Cour des comptes a dévoilé une stratégie ambitieuse visant une économie de 20 milliards d’euros sur la masse salariale de la fonction publique d’ici 2029. Quatre leviers ont été identifiés pour atteindre cet objectif sans compromettre les services publics. Cette analyse interroge tant sur la faisabilité que sur les conséquences potentielles de cette initiative.
Les raisons derrière la réduction des effectifs de la fonction publique
Actuellement, le secteur public en France compte environ 5,88 millions de fonctionnaires, soit une augmentation de 475 000 employés depuis 2012. Cette hausse a conduit à une élévation significative de la masse salariale brute, qui a progressé de 272,1 milliards d’euros à 362,1 milliards d’euros d’ici 2024. Selon les recommandations de la Cour des comptes, il est essentiel de maîtriser cette charge financière afin de préserver la santé des finances publiques. Carine Camby, présidente de la première chambre, souligne qu’il est complexe d’envisager une réduction des dépenses publiques sans toucher à la masse salariale, laquelle représente 21,7 % de ces dépenses.
Le but de cette démarche est de générer 20 milliards d’euros d’économies d’ici 2029 pour réduire le déficit public à 3 % du PIB. Cet effort équivaut à une baisse de 5,5 % de la masse salariale actuelle de 362,1 milliards d’euros, nécessitant une mise en œuvre simultanée de plusieurs leviers de gestion. Plutôt que d’opter pour des coupes draconiennes, la Cour des comptes préconise une approche graduelle, alliant plusieurs mesures complémentaires.
Les quatre leviers proposés par la Cour des comptes
Le premier levier suggéré est de ne pas remplacer automatiquement les départs à la retraite. Cette stratégie, déjà testée, permet de réduire les effectifs sans recourir à des licenciements, entraînant ainsi des économies immédiates. Toutefois, cette méthode atteint ses limites dans les secteurs où la demande est forte, comme l’éducation et la santé, où 15 % des postes offerts aux concours sont restés vacants en 2022.
Le second levier concerne le point d’indice, qui sert de base à la rémunération. Un gel ou une sous-indexation du point, prévu pour 2027, aurait un impact direct sur les salaires. Depuis 2017, les fonctionnaires ont connu une augmentation de 5 %, tandis que l’inflation cumulée se chiffrerait à 24,17 %, réduisant ainsi leur pouvoir d’achat. En outre, en 2026, 862 000 agents percevaient un salaire de base inférieur au SMIC.
Le troisième levier, l’ajustement des mesures catégorielles, vise à concentrer les efforts de rémunération sur les métiers les plus en tension, tout en limitant les augmentations pour d’autres postes. Bien que cette approche cherche à optimiser les dépenses, elle peut également compliquer la gestion et engendrer des tensions entre les différentes catégories de travailleurs.
Enfin, la gestion des carrières, en ralentissant les avancements de grade et d’échelon, vise à maîtriser la progression de la masse salariale. Cette méthode, bien qu’efficace pour contrôler les dépôts, pourrait démotiver les agents et affecter l’attractivité des parcours professionnels, surtout face à un secteur privé en quête de nouveaux talents.
Le défi de la conciliation entre réduction budgétaire et attractivité
En 2022, 15 % des postes mis concours n’ont pas trouvé preneur, un indicateur de l’absence d’attrait pour ces carrières. Des secteurs comme l’enseignement, la santé et la justice peinent à attirer de nouveaux professionnels. Une détérioration des conditions de salaire ou des perspectives de carrière pourrait aggraver cette situation. La question essentielle est de savoir si l’on peut à la fois réduire les dépenses tout en maintenant l’attractivité des métiers publics.
La Cour des comptes elle-même souligne que pour que l’effort de réduction soit accepté, il est crucial de garantir une rémunération des agents en progression, dans le but de conserver l’attractivité des métiers publics. L’idée est de diminuer la masse salariale globale à travers des ajustements structurels, visant à avoir moins d’agents mais mieux rémunérés, plutôt que l’inverse.
Risques et opportunités de la réforme
Cependant, cette stratégie comporte des risques : une réduction trop rapide des effectifs pourrait compromettre la qualité des services publics et démotiver le personnel. Le secteur privé, en partie grâce à ses opportunités dans le numérique et l’ingénierie, se révèle de plus en plus attractif. Pour cela, la fonction publique doit mettre en avant ses avantages, comme la stabilité et l’intérêt général de ses missions.
Il est vrai que la contrainte budgétaire pourrait aussi encourager la modernisation des services : en révisant l’organisation, en automatisant certaines tâches, en mutualisant les fonctions supports et en stimulant le développement numérique. Des pays européens ont réussi à améliorer leurs services en investissant dans la formation et le numérique, permettant ainsi à des équipes réduites de maintenir, voire d’améliorer, la qualité de leurs prestations. La France possède le potentiel de réussir cette transition sans sacrifier la qualité de ses services publics.
Les mois à venir seront déterminants. L’audition prévue de Bernard Lejeune, président de la 6ème chambre de la Cour des comptes, le 22 septembre 2026, devant la commission des finances, devrait éclaircir certains aspects de ces réformes. Cependant, au-delà des questions techniques, c’est l’avenir des services publics français qui est en jeu. La réduction de la masse salariale de 20 milliards d’euros ne se résume pas à un simple exercice comptable, mais représente un choix de société éclairant les priorités de notre époque.