Sébastien Lecornu doit trouver des compromis pour éviter la censure après le rejet unanime du projet de budget de l’État pour 2027 par les députés, un texte ayant subi des transformations majeures. Le projet sera examiné au Sénat le 20 novembre dans sa version initiale, rapporte TopTribune.
Un texte rejeté par tous les bords politiques
Comme les années précédentes, l’Assemblée nationale a rejeté massivement le texte en première lecture, les oppositions critiquant les choix du gouvernement, tandis que ses partisans déploraient un projet totalement dénaturé. Le rejet de la partie recettes a été voté par 458 députés de tous les groupes, y compris ceux soutenant le gouvernement. Seuls deux élus du groupe communiste et ultramarin se sont abstenus.
Le chef du gouvernement, Matignon, a indiqué que le temps du compromis viendra « après », suggérant qu’un accord pourrait être trouvé en décembre entre les deux versions. Cependant, contrairement à l’an passé, où un accord avait été atteint avec le Parti socialiste, aucune discussion constructive n’émerge à ce stade.
L’Assemblée a substantiellement réduit le dernier budget de la présidence Macron, qui visait à atteindre un déficit de 5 % du PIB en 2027, comparé à 5,4 % cette année. Des mesures d’économies, notamment sur l’abattement fiscal des retraités et les collectivités, ont été supprimées, tout comme la surtaxe sur les grandes entreprises. Cela a suscité la frustration du ministre des Comptes publics, David Amiel, qui a évalué le déficit résultant des choix des députés à « 5,9 % » du PIB.
Éric Coquerel, président de la commission des Finances pour La France Insoumise, a déclaré que « ce budget n’était pas crédible à l’origine ». Estelle Mercier (PS) a qualifié ce budget de « testament d’un pouvoir qui aura réussi l’exploit d’enrichir les plus riches tout en appauvrissant l’État », accusant les macronistes de collaborer avec le Rassemblement National contre certaines taxes. Jean-Philippe Tanguy, porte-parole du RN en matière budgétaire, a accusé le gouvernement de mentir « sciemment » en laissant entendre que le Parlement pouvait réécrire le budget.
Vers un 49.3 ?
Les discussions, parfois animées, se sont déroulées dans un hémicycle souvent désert. Les députés ont néanmoins adopté certains marqueurs politiques, tels qu’une taxe Zucman sur les multinationales proposée par la gauche, un prêt immobilier à taux zéro pour les jeunes couples par le RN, et une taxe renforcée sur les holdings pour le MoDem. Cependant, ces avancées ont été éclipsées par le rejet du budget.
David Amiel a déclaré : « Nous avons quelques semaines pour dessiner un compromis indispensable », tout en appelant à ne pas se laisser « hypnotiser par l’élection présidentielle ». L’équation reste complexe. Si le gouvernement choisit d’activer le 49.3, il pourra modifier le projet à sa guise, mais devra obtenir la non-censure du RN ou du PS ; pour l’instant, seul le groupe d’extrême droite a montré des signes de coopération.
