Dix ans après le référendum ayant conduit au Brexit, le Premier ministre britannique Andy Burnham a évoqué dimanche dernier un possible rapprochement avec l’Union européenne, qui ressemblerait à un retour en arrière. Toutefois, entre contraintes politiques, obstacles juridiques et charges budgétaires, cette hypothèse demeure incertaine, rapporte TopTribune.
Dimanche 25 octobre, dans une interview au Sunday Times, Andy Burnham a souligné la nécessité de réfléchir à un éventuel retour de la libre circulation avec l’Union européenne (UE). À l’approche d’un sommet sur la coopération entre le Royaume-Uni et l’UE le 20 novembre, la question se pose : un retour en arrière, visant à réintégrer les Britanniques dans l’UE, est-il vraiment envisageable ?
Burnham brise un tabou
En abordant ce sujet, Andy Burnham a soulevé un tabou en affirmant que le Brexit, qui a pris effet en 2020, avait « affaibli l’économie et le contrôle de l’immigration ». Il a également mentionné plusieurs options de rapprochement, allant du statu quo actuel à une réintégration complète dans l’Union européenne.
Cependant, le Premier ministre, qui a remplacé Keir Starmer à la tête de l’État le 20 juillet, agit en respectant les engagements et le programme de son prédécesseur, qui n’envisage pas d’annuler le Brexit. Il semble donc que la situation ne changera pas avant les prochaines élections législatives, prévues pour 2029.
Une société divisée
Le cabinet ministériel a rapidement réagi aux propos d’Andy Burnham, rappelant qu’un retour dans l’UE ne pourrait se décider que par le biais d’un nouveau référendum au Royaume-Uni. Une tendance émerge, selon un sondage de septembre : 50 % des Britanniques souhaitent revenir dans l’UE, tandis que 28 % s’y opposent.
La classe politique est divisée : Iain Begg, économiste à la London School of Economics, décrit « une fracture nette » entre un centre-gauche favorable au rapprochement et une droite qui s’y oppose. Nigel Farage, leader du parti anti-immigration « Reform UK », a quant à lui qualifié les propos du Premier ministre de « trahison totale ».
Revenir coûterait plus cher que partir
L’obstacle principal demeure financier. Membre de l’Union jusqu’en 2020, le Royaume-Uni bénéficiait d’un statut avantageux. Il conservait sa monnaie (la livre), restait en dehors de l’espace Schengen et contribuait moins que d’autres pays au budget européen grâce à une « ristourne » négociée par Margaret Thatcher dans les années 1980.
Il est probable que rien de cela ne soit reconduit. Le Royaume-Uni devrait alors adopter l’euro, entrer dans Schengen et renoncer à tout rabais, ce qui entraînerait des coûts plus élevés pour moins d’exceptions. « Il est peu probable que le Royaume-Uni obtienne les dérogations dont il bénéficiait lors de son adhésion initiale », confirme Catherine Barnard, professeure de droit européen à l’université de Cambridge.
« Je n’y crois pas de mon vivant »
La chercheuse détaille le processus nécessaire à une annulation du Brexit : « Un référendum au Royaume-Uni, suivi de l’accord unanime des vingt-sept, avec potentiellement un référendum en France selon le contexte politique ». Ce retour semble donc complexe, mais pourrait bénéficier à l’Union. « On peut soutenir que l’UE avec le Royaume-Uni serait plus forte que sans », affirme Iain Begg, notant que Londres deviendrait l’un des principaux contributeurs au budget européen.
Cependant, l’économiste ne croit pas en une telle perspective, en tout cas « pas de son vivant ». Il mise plutôt sur des accords limités, facilitant les contrôles aux frontières, les échanges de produits agricoles, ou la possibilité pour les jeunes actifs européens de travailler de l’autre côté de la Manche. Ces questions seront d’ailleurs abordées lors du sommet prévu le 20 novembre à Bruxelles.
