Bordeaux : le surgreffage, une solution pour adapter la viticulture aux nouvelles tendances

Bordeaux : le surgreffage, une solution pour adapter la viticulture aux nouvelles tendances

08.03.2026 09:17
2 min de lecture

Entre 2018 et 2023, la production de vins rouges en France a chuté de 26 %, conséquence d’un désintérêt croissant des consommateurs, en particulier des jeunes générations. Actuellement, sur les 94 000 hectares de vignes en Bordeaux, 82 000 hectares sont destinés au vin rouge contre seulement 12 000 hectares pour le vin blanc. Cette crise touche profondément le vignoble girondin, exacerbée par l’instabilité géopolitique et des conditions climatiques de plus en plus imprévisibles, rapporte TopTribune.

Face à ce défi, la chambre d’agriculture de la Gironde a lancé une étude visant à proposer des solutions au secteur viticole. Parmi les options explorées, le surgreffage apparaît comme une méthode prometteuse pour introduire des cépages blancs sur des vignes existantes, traditionnellement cultivées pour le vin rouge. Cette technique pourrait permettre une adaptation rapide aux nouvelles demandes du marché.

Changer rapidement les cépages

Dans la région bordelaise, les cépages dominants incluent 66 % de merlot, 22,5 % de cabernet sauvignon et 9,5 % de cabernet franc. Dès lors, si une exploitation souhaite diversifier ses productions en installant des cépages blancs, cela nécessite d’arracher les vignes existantes, de retravailler le sol, puis de replanter des cépages, engendrant une attente de trois à quatre ans avant d’obtenir une vigne productive. « Le regreffage permet de changer rapidement de cépages, explique Laurent Bernos, directeur du pôle viticulture et œnologie de la Chambre d’agriculture. On peut par exemple remplacer du merlot par des cépages blancs comme le sémillon, le sauvignon ou le chenin. Cela se fait au printemps et nous pouvons obtenir une production dès l’année suivante. »

Le processus de surgreffage est délicat et est généralement effectué par des entreprises spécialisées. « Le surgreffage se prépare en amont, en hiver, avec la sélection des greffons, conservés par les pépiniéristes dans des conditions optimales », précise Jérôme Ragueneau, cogérant de Vitigreffe, l’une des sociétés expertes dans ce domaine. Il assure que la demande pour cette technique, bien que moins répandue dans le Bordelais, est en forte hausse, en particulier dans le sud-est de la France.

« Nous avons de nombreux clients dans le Bordelais, notamment dans le Médoc, à Saint-Emilion et dans d’autres parties de la Gironde. Cette année, 80 % de notre activité consistera à greffer des cépages blancs sur des vins rouges. »

« Concentrer la sève sur la greffe »

Laurent Bernos souligne que, bien que le surgreffage soit une méthode efficace pour améliorer la productivité, il s’agit souvent de petites parcelles touchées. « C’est un atout supplémentaire pour répondre aux exigences du marché. » Les parcelles concernées par le surgreffage varient considérablement, allant de 20 ares (2 000 m²) à deux hectares (20 000 m²), en fonction des besoins spécifiques des viticulteurs.

En ce qui concerne la réussite du greffage, Jérôme Ragueneau précise que ce n’est pas seulement l’âge des vignes qui compte, mais également leur état de santé. « L’année dernière, j’ai surgreffé une vigne de 60 ans. Bien que le système racinaire ne soit pas renouvelé, la plante bénéficie d’un regain de vigueur. Nous constatons peu de pertes sur les greffons, ce qui est très encourageant. »

Intervenant dans le Bordelais de fin mai à début juin, Ragueneau explique que l’entretien ultérieur est à la charge des viticulteurs. « Il faut régulièrement retirer les bourgeons des cépages de merlot pour privilégier le sauvignon blanc, ce qui permet de minimiser la concurrence et de concentrer la sève sur la greffe. Cela engendre une charge de travail temporaire supplémentaire pour les viticulteurs. »

Le surgreffage est également envisagé par certains viticulteurs qui souhaitent se lancer dans la production de raisins de table, leur permettant de préserver les systèmes racinaires tout en diversifiant leur offre.

Si les viticulteurs envisagent de produire des vins rouges plus légers, conformes aux nouvelles tendances de consommation, Laurent Bernos estime cependant que le surgreffage n’est pas la solution appropriée. « Dans ce cas, il est préférable de se concentrer sur les techniques de vinification. Nous n’allons pas surgreffer des rouges, nous en avons déjà trop. »

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