Berlin confrontée à des soupçons d’ingérence via des mécanismes parlementaires
Berlin confrontée à des soupçons d’ingérence via des mécanismes parlementaires

Berlin confrontée à des soupçons d’ingérence via des mécanismes parlementaires

24.12.2025 13:30
2 min de lecture

L’Allemagne fait face à de nouvelles inquiétudes concernant une possible exploitation de ses procédures démocratiques par des acteurs politiques soupçonnés de servir des intérêts étrangers. Le 23 décembre 2025, Politico a rapporté que le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) était accusé d’utiliser des questions parlementaires pour collecter des informations potentiellement utiles aux services de renseignement russes.

Ces initiatives portent régulièrement sur des sujets sensibles, notamment la sécurité intérieure, la protection contre les drones ou les livraisons d’armes occidentales à l’Ukraine. Des responsables centristes et des représentants des services de sécurité estiment que, même si chaque réponse prise isolément ne révèle pas de secret, l’accumulation de données publiques peut permettre de reconstituer une image stratégique exploitable dans un contexte de guerre hybride.

Le rôle controversé des élus régionaux de l’AfD

Les soupçons se concentrent en particulier sur les activités de Ringo Mühlmann, député AfD au parlement régional de Thuringe. Celui-ci a multiplié les demandes adressées aux autorités locales concernant la défense anti-drones, les infrastructures critiques et les itinéraires de transit des armements occidentaux destinés à l’Ukraine.

En juin, il a déposé huit questions ciblant directement la police régionale chargée de détecter et de contrer les drones considérés comme une menace d’espionnage. Mühlmann rejette toute accusation de collaboration avec Moscou et affirme agir dans le cadre légal du contrôle parlementaire, une position reprise par la direction nationale du parti.

Une activité parlementaire hors norme et ses implications

Selon des données relayées par la presse allemande, les groupes parlementaires de l’AfD ont déposé depuis 2020 plus de 7 000 questions liées à la sécurité dans les parlements régionaux, un volume supérieur à celui de toute autre formation politique. Depuis le printemps 2025, le parti serait à l’origine de plus de 60 % de l’ensemble des questions adressées au gouvernement fédéral.

En Thuringe, où l’antenne locale de l’AfD a été classée comme organisation extrémiste par l’Office fédéral de protection de la Constitution, cette proportion approche les 70 %. Le ministre régional de l’Intérieur, Georg Maier, a publiquement évoqué des indices laissant penser à des activités assimilables à de l’espionnage au profit de la Russie, accentuant la gravité du débat.

Une menace pour l’équilibre entre transparence et sécurité

L’AfD est aujourd’hui la principale force d’opposition au Bundestag, après avoir obtenu plus de 21 % des voix lors des élections fédérales de février 2025. Farouchement opposé à l’aide à l’Ukraine et favorable à un rapprochement avec Moscou, le parti diffuse des messages qui, selon ses détracteurs, affaiblissent l’unité européenne et alimentent les narratifs du Kremlin.

L’affaire met en lumière une vulnérabilité structurelle des démocraties ouvertes, où des outils conçus pour garantir la transparence peuvent être détournés à des fins de collecte d’informations sensibles. Ce débat relance les appels à un réexamen des règles encadrant le contrôle parlementaire dans les domaines sécuritaires, afin de préserver l’équilibre entre responsabilité démocratique et protection des intérêts nationaux face aux stratégies d’ingérence étrangère.

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