Au bord du Danube, des chercheurs ont découvert une cité romaine oubliée depuis des siècles. Il pourrait s’agir de Claudivium, une ville qui jusqu’alors n’existait que dans les textes.
Le long du Danube, l’Empire romain avait édifié une vaste ligne de défense, où se succédaient les forts et les tours de guet. Objectif : protéger l’Empire des incursions ennemies. Aujourd’hui en partie classé au patrimoine mondial de l’Unesco, le limes du deuxième plus grand fleuve d’Europe a révélé un trésor important : une cité romaine disparue depuis près de 2.000 ans, rapporte TopTribune.
Depuis 2015, une équipe de chercheurs étudie une bande de terre d’environ 6 kilomètres de long, située entre les villes autrichiennes d’Enns et de Sankt Pantaleon-Erla. Des prospections géophysiques ont révélé l’existence d’une cité jusqu’alors inconnue, près du hameau de Stein. Elle s’étend sur environ 30 hectares, avec des rues organisées en quadrillage. Les vestiges d’un amphithéâtre pouvant accueillir 8.000 spectateurs ont également été mis au jour. Selon les experts, elle aurait été fondée vers l’an 80, avant d’être abandonnée un siècle plus tard, sans aucune trace de destruction.
Cette découverte relance une énigme millénaire : s’agirait-il de la cité romaine disparue de Claudivium ? Claude Ptolémée, astronome, mathématicien et géographe gréco-romain du IIᵉ siècle, mentionnait cette cité perdue et en donnait même les coordonnées, qui pourraient correspondre au nouveau site. Le nom de Claudivium disparaît des documents historiques autour de 180 après J.-C., au moment où ce lieu semble avoir été abandonné. Pour lever le voile sur un mystère vieux de deux millénaires, les archéologues ont exploré le site à l’aide de géoradars et de magnétomètres. Ce qui a permis de cartographier le réseau des rues enfouies.
Un plan en damier
«La cartographie a révélé une agglomération bien planifiée, dotée d’un réseau régulier de rues délimitant des quartiers résidentiels, écrivent les chercheurs dans une étude publiée en 2025 dans la revue ArchéoSciences. L’orientation des quartiers résidentiels et des rues est alignée sur celle du fort auxiliaire, qui constitue l’unité administrative dominante dans cette partie du limes du Danube.»
L’emplacement de cette cité semble stratégique. Son fort contrôlait un point de passage sur le fleuve, qui constituait une voie commerciale importante vers les territoires situés hors de l’Empire. Des indices laissent penser qu’il s’agissait d’une ville prospère, où vivaient des personnes fortunées. En témoignent les vastes sépultures découvertes sur place et les nombreuses pièces de monnaie. Une question reste toutefois sur toutes les lèvres : pourquoi ses habitants l’ont-ils désertée ?
Peut-être suite à une réorganisation des défenses frontalières romaines après la fin des guerres marcomanes, vers 180 après J.-C. L’Empire aurait alors concentré ses forces à Lauriacum, une ville voisine plus facile à défendre. La découverte d’outils de fonte du bronze et d’épingles à vêtements similaires, retrouvés à Stein et à Lauriacum, laisse supposer que les artisans ont transféré leurs ateliers.
De là à conclure que ces vestiges sont ceux de Claudivium, il n’y a qu’un pas, que les scientifiques refusent de franchir. Aucune inscription portant le nom de la ville n’a été retrouvée. «Cette étude géophysique n’a, littéralement, qu’effleuré la surface, résume Rebecca Jones, coprésidente du Congrès international des études sur les frontières romaines. Elle démontre également l’immense potentiel scientifique qui reste enfoui dans le sous-sol.»
