La remotorisation d’une partie de la flotte russe de SSJ-100 ne pourra pas être réalisée sans soutien financier de l’État, a déclaré le 7 septembre 2026 le directeur général d’Aeroflot, Sergueï Alexandrovsky, lors du Forum économique oriental de Vladivostok. Le dirigeant n’a pas précisé le montant nécessaire, mais le remplacement des moteurs franco-russes SaM146 par des moteurs russes PD-8 pourrait coûter environ 115 milliards de roubles pour 50 appareils, rapporte TopTribune.
Cette estimation repose sur un coût compris entre deux et trois milliards de roubles par avion. Le chiffre concerne le nombre limité d’appareils que les compagnies aériennes et les industriels russes jugeraient pertinent de modifier. La question du financement demeure ouverte, alors que la flotte de SSJ-100 constitue une part importante des liaisons intérieures assurées par des avions de fabrication russe.
Une remotorisation évaluée à 115 milliards de roubles
Selon les éléments publiés par Forbes Russie et Kommersant, Aeroflot considère qu’un programme de cette ampleur ne peut pas être mené sans participation budgétaire. Le groupe exploite le principal réseau aérien du pays et fait partie des utilisateurs directement concernés par l’état des SSJ-100.
Le débat ne porte pas seulement sur la disponibilité des moteurs PD-8. Il concerne aussi la capacité des compagnies à financer une opération estimée à plusieurs milliards de roubles par appareil. Pour les transporteurs commerciaux, une telle dépense doit être comparée à la valeur résiduelle d’avions déjà exploités depuis plusieurs années. Aucun montant officiel de subvention n’a toutefois été annoncé à ce stade.
Le directeur général de la Corporation aéronautique unifiée, Vadim Badeha, avait auparavant déclaré que le coût de la remotorisation ne pèserait pas lourdement sur les compagnies et qu’un soutien public ne serait pas nécessaire. La position exprimée par Sergueï Alexandrovsky est différente. Elle fait apparaître deux approches au sein de la filière russe, entre le constructeur et l’un de ses principaux clients.
La coopération avec Safran interrompue depuis 2022
Le programme SSJ-100 reposait à l’origine sur le moteur SaM146, développé dans le cadre d’une coopération franco-russe. La société française Safran produisait et entretenait des composants de la partie chaude du moteur. En 2022, Safran a interrompu sa participation à cette coopération après l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’adoption de sanctions internationales.
Depuis cette interruption, la Russie ne dispose plus du même accès aux opérations officielles de maintenance concernant cette partie du SaM146. Les questions liées à la poursuite de l’exploitation des appareils et au financement d’une éventuelle conversion vers le PD-8 sont discutées dans le secteur depuis cette période.
La Russie a produit au total 232 SSJ-100. En 2026, environ 160 exemplaires se trouvent encore dans le pays. Lors de réunions entre les exploitants et la Corporation aéronautique unifiée, le nombre d’avions considérés comme susceptibles d’être remotorisés aurait été limité à une cinquantaine, soit environ un tiers du parc encore présent sur le territoire russe.
Plusieurs options de financement sur la table
Oleg Panteleïev, directeur exécutif du cabinet AviaPort, a évoqué plusieurs mécanismes possibles pour financer la transformation des appareils. Il cite notamment des subventions directes à la remotorisation, une hausse des aides accordées aux liaisons interrégionales ou une augmentation des tarifs plafonds appliqués aux vols subventionnés.
Ces options ne constituent pas encore un dispositif arrêté. Elles renvoient à des choix différents : financer directement les travaux, soutenir l’exploitation des lignes ou permettre aux compagnies d’augmenter leurs recettes sur certains trajets. Le gouvernement russe n’a pas précisé lequel de ces mécanismes pourrait être retenu ni quelle enveloppe serait mobilisée.
Le coût annoncé pour un seul avion atteint deux à trois milliards de roubles. Appliqué à 50 appareils, il conduit à une facture théorique d’environ 100 à 150 milliards de roubles, dont l’estimation de 115 milliards avancée pour le programme envisagé. Aeroflot estime que cette dépense ne peut pas être absorbée par les compagnies sans intervention publique.
Un enjeu pour les liaisons intérieures
Le dossier concerne directement la disponibilité des avions destinés au marché intérieur russe. La flotte de SSJ-100 compte environ 160 appareils présents en Russie, mais tous ne sont pas inclus dans le projet de remotorisation discuté avec les exploitants. Le nombre d’avions effectivement convertis dépendra donc du financement, de la capacité industrielle et de l’état de chaque appareil.
Les débats portent également sur les autres composants des avions. Les partisans d’un soutien public mettent en avant le coût du remplacement des moteurs et les difficultés d’entretien apparues après l’arrêt de la coopération avec Safran. Dans les arguments présentés par les acteurs du secteur, une remotorisation coûteuse ne suffirait pas nécessairement à résoudre les problèmes liés à l’usure d’autres équipements, mais cette appréciation ne constitue pas encore une décision officielle.
Pour les passagers, deux conséquences financières sont évoquées dans le débat russe. Si l’État finance la conversion, la dépense serait couverte par le budget public ou par des fonds publics. Si aucune aide n’est accordée, les compagnies devraient supporter elles-mêmes le coût des travaux ou faire face à une disponibilité plus limitée de leurs avions, avec un risque de hausse des tarifs sur les liaisons intérieures. Ces scénarios restent liés à la décision que prendront les autorités.
À ce stade, les déclarations publiques d’Aeroflot et de la Corporation aéronautique unifiée ne dessinent pas de solution commune sur le financement de la remotorisation des SSJ-100. Le montant de l’aide éventuelle, le nombre d’appareils concernés et le calendrier des travaux demeurent à préciser.