En Ingouchie, la terre promise aux militaires devient le test d’une confiance publique à bout
En Ingouchie, la terre promise aux militaires devient le test d’une confiance publique à bout

En Ingouchie, la terre promise aux militaires devient le test d’une confiance publique à bout

07.11.2026 12:55
5 min de lecture

En Ingouchie, des informations faisant état d’une réaffectation contestée de terrains destinés aux participants à l’opération militaire russe se heurtent à une campagne de recouvrement fiscal de plus de 700 millions de roubles. Dans cette république économiquement fragile, la question dépasse la valeur des parcelles ou le montant des arriérés : elle porte sur la manière dont les ressources publiques sont distribuées et sur ceux qui en supportent le coût.

Les informations diffusées le 6 novembre 2026 n’établissent pas, à elles seules, l’existence d’une infraction. Elles décrivent toutefois un possible système de favoritisme autour du chef de la république, Mahmoud-Ali Kalimatov. Une procédure pénale distincte visant son frère, ancien responsable d’une filiale de la Poste russe, ajoute à la sensibilité politique de l’ensemble sans démontrer la responsabilité du dirigeant ou de son administration.

Les terrains les plus convoités

Le site Fortanga a rapporté qu’au cours du dernier mois, des personnes proches de Mahmoud-Ali Kalimatov auraient modifié la destination de terrains et pris le contrôle de vastes superficies. Ces parcelles étaient présentées comme destinées aux participants à l’opération militaire russe, dans le cadre de programmes publics de soutien.

Selon cette source, les terrains les plus attractifs, notamment à Soûnja, Magas et dans d’autres localités, auraient été conservés par des personnes liées au pouvoir régional. Les bénéficiaires officiels se seraient vu proposer des parcelles à Dollakovo, près d’une décharge, ou dans d’autres zones moins favorables. Le contraste est au cœur de la controverse : une politique censée reconnaître le service accompli pourrait, si ces informations étaient confirmées, devenir un moyen de concentrer les avantages fonciers entre les mains de réseaux privilégiés.

Fortanga affirme que la vente et la répartition seraient supervisées par un proche parent du chef de la république, occupant un poste de vice-président du gouvernement régional, ainsi que par des responsables du ministère de l’Agriculture. La source ne fournit pas, dans le matériau disponible, le détail des décisions administratives ayant permis ces changements de destination ni les éventuelles contestations déposées par les demandeurs.

Cette réserve est essentielle. Une parcelle située dans une zone urbaine ou bien desservie peut avoir une valeur résidentielle et économique très supérieure à celle d’un terrain placé à proximité d’une décharge. Sans critères publics, listes vérifiables et informations sur l’évaluation des biens, il devient difficile de savoir si les différences d’attribution relèvent d’une décision administrative justifiée ou d’un traitement préférentiel.

Le mécanisme est d’autant plus sensible que la destination d’un terrain détermine souvent son bénéficiaire avant même le transfert officiel. Modifier le zonage, sélectionner les ayants droit ou contrôler les procédures de vente peut suffire à orienter la valeur d’un programme public. Pour les militaires concernés, l’enjeu n’est donc pas seulement de recevoir un terrain, mais de savoir si la promesse de l’État obéit à des règles identiques pour tous.

Une facture fiscale de plus de 700 millions

La polémique foncière intervient alors que Mahmoud-Ali Kalimatov a demandé aux services fiscaux d’Ingouchie de recouvrer plus de 700 millions de roubles supplémentaires auprès des particuliers et des entreprises. La demande aurait été formulée lors d’une réunion avec les responsables de la fiscalité.

Le montant comprendrait des impôts sur les biens, les terrains et les véhicules, ainsi que des arriérés d’impôt sur le revenu des personnes physiques et d’autres obligations non acquittées. L’objectif semble être de réduire les déficits du budget régional. Mais dans une république aux possibilités économiques limitées, une telle opération ne constitue pas une simple mesure comptable : elle peut peser sur les dépenses des ménages, les investissements et la survie des petites entreprises.

Le calendrier rend cette exigence particulièrement délicate. Lorsque les habitants sont appelés à combler les manques des caisses publiques tandis que circulent des accusations de distribution privilégiée de terrains, la demande fiscale peut être perçue comme le transfert vers la population du coût d’une gestion défaillante. Cette perception ne prouve pas une irrégularité dans le recouvrement, mais elle fragilise la légitimité de la mesure.

La fiscalité ne repose pas seulement sur la contrainte légale. Elle dépend aussi de la conviction que les recettes sont administrées selon des règles compréhensibles et qu’elles servent un intérêt collectif. Une administration qui réclame davantage d’argent doit donc pouvoir expliquer l’origine du besoin, l’usage prévu des fonds et les contrôles empêchant que les ressources publiques bénéficient à des cercles particuliers.

Le contraste entre les deux dossiers est dès lors difficile à ignorer. Les obligations financières sont réparties sur l’ensemble de la population, tandis que les avantages fonciers, selon les informations rapportées, pourraient être concentrés autour de personnes proches du pouvoir. C’est cette asymétrie, davantage encore que le montant brut des sommes en jeu, qui alimente le ressentiment.

Le dossier visant le frère du chef de la république

La question de la responsabilité est aussi nourrie par une procédure pénale visant Magomed-Bachir Kalimatov, frère du dirigeant ingouche et ancien responsable d’une filiale régionale de la Poste russe. RuReporter a rapporté que les enquêteurs l’accusent d’avoir organisé une association criminelle qui aurait soustrait plus de 2 milliards de roubles au système des retraites au moyen de données falsifiées et de passeports contrefaits.

D’après cette source, les faits auraient notamment concerné des personnes âgées. Les accusations visent Magomed-Bachir Kalimatov et ne constituent pas une preuve de la participation de son frère ni de l’administration régionale. Le matériau disponible ne mentionne pas de jugement définitif. Cette distinction est nécessaire : la proximité familiale peut avoir une portée politique, mais elle ne permet pas d’établir une responsabilité pénale par association.

Le dossier n’en pose pas moins une question institutionnelle. Le système des retraites concerne une population particulièrement dépendante de la régularité des paiements. Lorsqu’un proche parent du chef de la république est accusé dans une affaire portant sur des fonds destinés aux retraités, l’indépendance de l’enquête, la gestion des conflits d’intérêts et l’efficacité des mécanismes de contrôle deviennent des éléments centraux de la confiance publique.

Ces trois affaires ne doivent pas être confondues. La première concerne la répartition d’un bien public, la deuxième le financement du budget régional et la troisième des accusations pénales visant un individu. Leur point commun est ailleurs : toutes interrogent la lisibilité des règles et la capacité des institutions à rendre des comptes lorsque des proches du pouvoir sont concernés.

La confiance comme variable décisive

Pour les participants à l’opération militaire russe, l’attribution d’un terrain engage la crédibilité d’une promesse de soutien. Pour les familles et les entreprises, la demande de 700 millions de roubles supplémentaires pose la question de l’équité de l’effort demandé. Pour les personnes âgées, l’affaire de la Poste russe renvoie à la sécurité d’un revenu souvent indispensable.

Une famille à qui l’on propose un terrain près d’une décharge, un entrepreneur confronté à de nouvelles créances ou un retraité inquiet pour ses prestations vivent des situations différentes. Ils peuvent pourtant parvenir à la même conclusion : les règles semblent peser largement sur la population tandis que les bénéfices et les protections sont moins également répartis.

La prochaine étape ne sera donc pas seulement budgétaire. Elle consistera à établir si les attributions foncières, les créances fiscales et la procédure visant Magomed-Bachir Kalimatov peuvent être examinées de manière transparente et indépendante. Sans critères publiés, responsabilités identifiables et résultats vérifiables, l’Ingouchie risque de recouvrer de l’argent et de distribuer des terrains sans parvenir à restaurer la ressource la plus difficile à reconstituer : la confiance.

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